Sur scène, Tatiana Rojo devient tour à tour sa mère, ses sœurs, ses beaux-frères — une dizaine de personnages qu'elle enfile et retire en quelques secondes, sans jamais perdre le fil d'une histoire résolument familiale. Révélée du grand public grâce au film *Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?*, la comédienne franco-ivoirienne a construit avec *Amou Tati, la Dame de Fer* un spectacle qui a largement dépassé le cadre parisien où il se joue actuellement, au Théâtre Le Petit République.
L'histoire part d'un terreau très personnel : celui de Michelle, mère traditionaliste de quatre filles, confrontée aux chocs culturels que provoquent des gendres aux profils improbables — un écologiste, un Canadien, un Belge. À travers ses souvenirs d'enfance ivoirienne, Tatiana Rojo transforme ces frictions familiales en une comédie qui parle à tout le monde, sans jamais sombrer dans la caricature facile.
Le succès ne s'est pas limité à Paris. Fort de plus de mille représentations, le spectacle a tourné dans plusieurs pays, porté par un humour qui ne cherche pas à gommer les différences culturelles mais à les mettre en scène avec tendresse — la vraie modernité, chez Tatiana Rojo, consiste à accepter que la tradition et l'Occident cohabitent, même maladroitement, au sein d'une même famille.
C'est peut-être là que réside la force du spectacle : il ne raconte pas une Afrique figée dans l'exotisme, mais une famille ivoirienne bien réelle, tiraillée entre attachement aux traditions et ouverture au monde — un dilemme que reconnaîtront sans peine bien des familles camerounaises confrontées aux mêmes questions identitaires.
En choisissant l'autofiction plutôt que la fresque sociale, Tatiana Rojo prouve qu'un rire bien construit voyage parfois plus loin qu'un discours militant — et continue, spectacle après spectacle, d'électriser des salles qui n'attendaient pas forcément d'y retrouver leur propre mère.




