Les rails étaient posés, les 60 wagons commandés en Chine, la licence obtenue en 2024 : le projet de bauxite de Minim-Martap, dans l'Adamaoua, semblait sur les rails d'un calendrier record pour l'Afrique. Le 24 août 2026, Canyon Resources a pourtant annoncé le report sine die de sa production, initialement prévue au quatrième trimestre 2026.
En cause : un double front. AFG Bank a gelé sa ligne de crédit syndiquée de 82 milliards de FCFA (environ 140 millions de dollars) destinée au projet, exigeant une révision complète du calendrier et du modèle financier avant de reprendre ses décaissements. Au même moment, A2MP Investments, déjà actionnaire majoritaire à 55,56 % du capital de Canyon Resources, a lancé une OPA hostile à 0,05 dollar australien par action — une offre qui court jusqu'au 21 septembre 2026.
Le gisement, lui, n'a rien perdu de son potentiel : 1,1 milliard de tonnes de bauxite à une teneur en alumine de 51,2 %, valorisées par les études de marché entre 78 et 86 dollars la tonne. Un paradoxe qui interroge sur les vraies motivations de l'OPA d'A2MP — si le minerai vaut autant, pourquoi Canyon Resources se retrouve-t-il à cours de financement au moment crucial du démarrage ?
Le directeur général de Canyon Resources, Peter Secker, quittera ses fonctions d'ici fin août 2026 — un départ qui, dans ce contexte de bataille actionnariale et de gel bancaire, prend des airs de fuite plutôt que de simple transition de carrière.
Pour le Cameroun, qui compte sur Minim-Martap pour compenser le déclin de ses revenus pétroliers dans son budget 2027, ce blocage illustre une vulnérabilité structurelle : un projet minier prêt à produire reste à la merci d'une bataille de capitaux qui se joue à des milliers de kilomètres, sur la Bourse australienne. Le verdict tombera le 21 septembre — d'ici là, ni la banque ni les actionnaires minoritaires n'ont intérêt à céder les premiers.




