Plus de 150 millions d'Africains vivent aujourd'hui hors du continent, selon les dernières estimations de la Banque mondiale. Pour Amr Aljowaily, diplomate égyptien et directeur de la Direction des citoyens et organisations de la diaspora (CIDO) à la Commission de l'Union africaine, ce chiffre ne décrit pas un exode : il dessine les contours d'une « Afrique globale » qu'il défend depuis plusieurs années dans les enceintes panafricaines.
L'idée dépasse la posture intellectuelle. Reconnaître les Africains de la diaspora comme des acteurs du développement du continent — au même titre que ceux qui y résident — a des implications concrètes : accès aux investissements, statut de double nationalité, poids économique des transferts de fonds, qui représentent une part significative du PIB de pays comme le Nigeria ou le Sénégal.
Aljowaily n'est pas seul à porter cette vision au sein de l'Union africaine, mais son poste lui donne une capacité d'action rare : celle de traduire un concept en politiques publiques. Les initiatives portées par l'UA en matière d'engagement diasporique s'appuient directement sur ce travail de plaidoyer.
Pour le Cameroun, dont la diaspora reste particulièrement active en Europe et en Amérique du Nord, cette vision ouvre une piste concrète : transformer des Camerounais de l'étranger déjà investis économiquement et culturellement en véritables relais d'investissement, à l'image des collaborations musicales qui, de Fally Ipupa à Ayra Starr, servent déjà de pont entre le continent et sa diaspora.
Reste à savoir si les institutions panafricaines sauront transformer ce discours en politiques concrètes — accès facilité aux investissements, reconnaissance administrative, financement de projets portés depuis l'étranger — plutôt qu'en simple ligne dans les discours de clôture des sommets.




