Le 13 juillet 2026, à Yaoundé, la Fondation Cœur de Mère, SNK et Cyber Inno Shield ont présenté le programme « Bouclier numérique », un dispositif inédit qui réunit des experts du numérique pour prévenir, sensibiliser et accompagner les victimes de cyberharcèlement et de sextorsion, deux délits désormais réprimés par la législation camerounaise.
Dans un pays où l’accès à internet s’est multiplié par trois en cinq ans, les abus en ligne explosent. Le cyberharcèlement, sous forme de messages haineux ou de menaces, et la sextorsion, ce chantage à la diffusion de photos ou vidéos intimes, laissent souvent les victimes isolées, sans recours ni écoute. Ghislaine Mangoua, coordinatrice générale de la Fondation Cœur de Mère et directrice de SNK, a rappelé que « les victimes se retrouvent souvent livrées à elles‑mêmes, sans savoir où se tourner ».
Le programme s’articule autour de trois axes : la prévention, grâce à des campagnes d’information dans les écoles et les universités ; la sensibilisation, via des ateliers de formation pour les acteurs du secteur numérique et les forces de l’ordre ; et l’accompagnement, avec un service d’écoute téléphonique et un réseau de psychologues spécialisés. La présence de l’actrice Muriel Leumeni, engagée dans la lutte contre les violences faites aux femmes, souligne l’importance d’une mobilisation sociétale au-delà du cadre juridique.
Pourquoi cette initiative est‑elle cruciale ? D’abord, la criminalisation du cyberharcèlement et de la sextorsion crée un cadre légal qui permet aux autorités de poursuivre les agresseurs, mais sans un dispositif d’accompagnement, la peur de la stigmatisation empêche encore de nombreuses victimes de porter plainte. Ensuite, le manque de formation des forces de l’ordre sur les spécificités du crime numérique conduit souvent à des enquêtes inefficaces. Le « Bouclier numérique » vise à combler ces lacunes en dotant les policiers d’outils techniques et de connaissances juridiques actualisées.
Les conséquences concrètes pour le citoyen camerounais sont déjà perceptibles. Dans les écoles de Yaoundé, des sessions d’information ont permis à plus de 1 200 élèves de reconnaître les signaux d’un harcèlement en ligne et de connaître les démarches à suivre. Au niveau communautaire, les associations locales signalent une hausse de 30 % des signalements de sextorsion depuis le lancement du programme, preuve que la peur de rester silencieux s’atténue.
Cependant, le défi reste immense. La diffusion rapide des contenus sur les réseaux sociaux rend la suppression des preuves difficile, et la législation, bien que stricte, nécessite une application rigoureuse. Le succès du « Bouclier numérique » dépendra de la capacité des ONG à maintenir un dialogue constant avec les institutions publiques, à financer des lignes d’assistance 24 h/24 et à garantir la confidentialité des victimes.
En regardant vers l’avenir, les organisateurs envisagent d’étendre le programme à l’ensemble du pays, avec des modules adaptés aux zones rurales où l’accès à internet est plus limité. Le modèle camerounais pourrait également inspirer d’autres nations africaines confrontées aux mêmes fléaux numériques. Le message est clair : la technologie ne doit pas être un terrain de jeu pour la violence, mais un levier d’émancipation, à condition que la société tout entière se dote des moyens de la protéger.




