Le 29 juin 2026, le Cameroun franchit une étape décisive dans sa politique de défense. Sur ordre direct du président Paul Biya, chef de l’État et chef suprême des Forces armées camerounaises, le ministre délégué à la Présidence chargé de la Défense, Joseph Beti Assomo, s’est rendu à Ankara pour sceller un accord inédit avec la République de Turquie. Cette signature intervient à un moment où Yaoundé cherche à diversifier ses sources d’appui militaire, alors que les défis sécuritaires se multiplient dans le bassin du lac Tchad et le Sud‑Ouest.
À la capitale turque, le ministre de la Défense, Yaşar Güler, et son homologue camerounais, Joseph Beti Assomo, ont apposé leurs signatures sur le texte de coopération. Le vice‑ministre turc Musa Heybet a également pris part aux négociations, soulignant l’engagement de l’Ankara à soutenir les projets de modernisation camerounais. Le document, présenté comme « historique », prévoit la mise en place de mécanismes financiers dédiés au financement de programmes d’équipement, de maintenance et de logistique pour les forces armées de Yaoundé.
L’accord précise trois axes stratégiques : d’abord, le développement d’une coopération militaire bilatérale renforcée, incluant le partage de renseignements et la conduite d’exercices conjoints. Ensuite, la formation des cadres des Forces armées camerounaises au sein d’institutions turques, afin d’élever le niveau de compétence technique. Enfin, l’approfondissement des relations stratégiques globales, qui pourra déboucher sur des projets d’infrastructure de défense et des accords de défense industrielle.
Lors de son séjour, Joseph Beti Assomo a visité la Milli Savunma Üniversitesi (MSÜ), l’Université nationale de défense de Turquie, centre d’excellence où s’entraînent les officiers turcs et étrangers. Au programme : rencontres avec les commandants de formation, inspection des laboratoires de simulation de combat et discussions sur l’adaptation des curricula aux besoins spécifiques du Cameroun, notamment la lutte contre les insurrections armées et la sécurisation des frontières maritimes.
La coopération n’est pas née de nulle part. Depuis plusieurs années, la Turquie accueille chaque année une dizaine de militaires camerounais à la MSÜ, une pratique initiée sous le mandat du ministre turc de la Défense. En mai 2025, le ministre Yaşar Güler s’était rendu à Yaoundé, où il avait signé un protocole de formation avec Joseph Beti Assomo, posant les bases de la relation actuelle. Cette continuité montre que le partenariat s’est consolidé progressivement, gagnant en confiance mutuelle.
Pour les Camerounais, le pacte ouvre la porte à un accès élargi à des équipements modernes, à des financements dédiés et à une expertise technique qui pourrait réduire la dépendance historique à l’ancienne puissance coloniale. Sur le plan sécuritaire, la formation de cadres capables de piloter des systèmes d’armes avancés devrait renforcer la capacité de réaction face aux groupes armés du Nord‑Est et aux trafics transfrontaliers. Économiquement, les flux financiers liés à l’achat d’équipements et à la formation créeront des opportunités d’emploi dans les secteurs de la logistique et de la maintenance.
À l’horizon 2027, les deux pays envisagent déjà des projets pilotes, comme la création d’un centre de simulation de combat conjoint à Ankara et la mise en place d’un fonds de garantie pour les acquisitions camerounaises. Le succès de ces initiatives dépendra toutefois de la transparence budgétaire et du suivi rigoureux des engagements. Si ces conditions sont réunies, le partenariat Cameroun‑Turquie pourrait devenir un modèle de coopération sud‑moyen orientale, inspirant d’autres États africains à diversifier leurs alliances sécuritaires.




