Un pansement sur la tête, le regard éteint, la voix hachée. L'image de Jacques Bertrand Mang, filmée depuis un lit d'hôpital de Douala au printemps dernier, avait sidéré une partie de l'opinion camerounaise. Ce 1er juillet 2026, un parti d'opposition remet le dossier sur la table. L'Union démocratique du Cameroun (UDC), par la voix de sa présidente Patricia Tomaino Ndam Njoya, condamne avec la dernière énergie les traitements que l'activiste affirme avoir subis, rappelant que de telles pratiques sont proscrites par la Constitution camerounaise.
La formation dit apprendre « avec beaucoup d'inquiétude » que l'activiste politique aurait été victime de tortures et de traitements inhumains. Prudente sur le plan juridique, l'UDC assortit sa condamnation d'une réserve de taille : si les faits rapportés étaient avérés, ils constitueraient une violation grave des droits fondamentaux. Une formule qui traduit la posture d'un parti soucieux de dénoncer sans préjuger de la vérité judiciaire.
Pour comprendre la portée de cette sortie, il faut remonter le fil. C'est la soirée du 2 avril 2026 que l'activiste Jacques Bertrand Mang a été interpellé par les éléments de la police au quartier New-Bell à Douala. Selon plusieurs récits, il aurait été arrêté à Douala, dans le quartier Shell New-Bell, après avoir été suivi pendant plusieurs jours par un homme armé en civil, puis conduit au commissariat de New Bell où il affirme avoir subi des actes de torture avant d'être transféré au pavillon psychiatrique de l'hôpital Laquintinie de Douala, sans fondement médical selon lui.
L'internement, présenté officiellement comme une mesure médicale, a soulevé un tollé. Me Ntimbane Bomo a demandé la libération immédiate de Jacques Bertrand Mang, dénonçant une détention abusive et le non-respect du consentement médical. Dans une lettre ouverte adressée à l'Ordre des médecins du Cameroun, l'avocat rappelait un principe cardinal du droit médical. Une personne même gravement malade a le droit de refuser les soins : il s'agit là du sacro-saint principe du consentement aux soins médicaux, assimilé à un droit et liberté de l'homme.
L'homme a fini par recouvrer la liberté. Retenu depuis début avril à l'hôpital Laquintinie de Douala après une interpellation musclée par des éléments de la police, l'activiste a été libéré, sa détention ayant suscité une vive indignation chez plusieurs défenseurs des droits de l'homme au Cameroun, qui dénonçaient une arrestation politique déguisée. Mais la sortie de l'hôpital n'a pas refermé le dossier. Jacques Bertrand Mang est sorti de Laquintinie. Mais l'affaire, elle, n'est pas classée. La plainte contre Brenda Biya reste en suspens, et les circonstances de cette détention méritent des réponses claires.
Car le contexte de cette arrestation nourrit toutes les interrogations. En mars 2026, Jacques Bertrand Mang annonçait le dépôt d'une plainte contre Brenda Biya, fille du président Paul Biya, pour apologie de l'homosexualité, atteinte à la pudeur et corruption de la jeunesse, à la suite d'une vidéo virale dans laquelle cette dernière aurait sollicité une relation avec une femme au Cameroun. Le timing est troublant : quelques jours seulement avant son arrestation, Jacques Bertrand avait déposé une plainte contre Brenda Biya, fille du Chef de l'État Paul Biya. Ce détail change tout dans la lecture de l'affaire.
L'itinéraire du militant est celui d'un franc-tireur de la scène politique. Né le 30 janvier 1987 à Edéa, il est un homme politique, activiste et entrepreneur camerounais, connu pour son engagement au sein de partis d'opposition, notamment le Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN) et l'UPP. Ses campagnes contre l'insalubrité urbaine et ses accusations retentissantes visant Cabral Libii — que l'intéressé conteste — ont fait de lui une figure aussi médiatique que clivante.
L'UDC n'est pas la seule voix à s'élever. Ce mardi encore, un cadre du MRC a réagi à la diffusion de nouvelles images. Il affirme avoir visionné des images où l'activiste est « violenté par la police », une scène qu'il dit condamner fermement, dénonçant une « arrestation arbitraire » et un usage abusif de la force par un agent qui aurait également brisé le téléphone de la victime. Signe que le dossier, loin de s'éteindre, continue d'alimenter le débat public.
Reste la question qui vaut plus que tous les communiqués : celle des suites judiciaires. La condamnation de l'UDC replace le cas Mang au cœur d'un débat plus vaste sur le traitement des lanceurs d'alerte et l'usage des structures psychiatriques à des fins présumées de neutralisation. À ce stade, aucune décision de justice tranchant les responsabilités n'a été rendue publique. Les développements sont attendus, et l'opinion camerounaise, comme la diaspora, guettera la capacité des institutions à faire la lumière sur cette affaire.




