Le 19 juin 2026, le gouvernement camerounais a officiellement présenté la Société Camerounaise d’Électricité, la SOCADEL, destinée à succéder à l’actuelle ENEO. Cette annonce, faite par le ministre de l’Eau et de l’Énergie à Yaoundé, s’inscrit dans le cadre des décrets présidentiels du 4 mai 2026, qui marquent le retour de l’État au contrôle total du secteur électrique après le rachat des parts du groupe Actis.
Le gouvernement justifie la refonte du monopole public par une série de dysfonctionnements chroniques : un déficit financier persistant, des pertes techniques et commerciales élevées, un recouvrement des factures en berne et un manque criant d’investissements dans les réseaux de distribution. Ces carences, selon les autorités, compromettent la capacité du pays à garantir un approvisionnement stable à une population qui dépend de l’électricité pour son quotidien et son développement économique.
Pour redresser la situation, un plan de restructuration triennal 2026‑2028 a été dessiné. Il prévoit notamment l’amélioration du recouvrement des recettes, le refinancement de la dette publique du secteur, l’élargissement de la clientèle – notamment dans les zones rurales – et la modernisation des infrastructures de distribution, avec l’objectif de réduire les pertes techniques de plusieurs points de pourcentage.
La lutte contre la fraude occupe également une place centrale. En trois semaines seulement, les services de l’État ont recensé près de 3 000 cas de raccordements illégaux à Yaoundé et à Douala, révélant l’ampleur d’un phénomène qui grève les finances publiques. Une Brigade nationale de lutte contre la fraude sera ainsi créée, afin de renforcer les contrôles, de sanctionner les branchements clandestins et de restaurer la confiance des usagers.
Pour les foyers camerounais, la promesse d’un service plus fiable se traduit déjà par des mesures concrètes : le renforcement des équipes techniques, le déploiement de compteurs intelligents et la mise en place de procédures de suivi plus transparentes. Si ces initiatives portent leurs fruits, les coupures intempestives – qui paralysent écoles, hôpitaux et petites entreprises – pourraient diminuer sensiblement, offrant ainsi un climat propice à la productivité et à la croissance locale.
Néanmoins, le chemin reste semé d’obstacles. Le refinancement de la dette exigera la confiance des bailleurs de fonds internationaux, tandis que la modernisation du réseau devra s’appuyer sur des ressources humaines qualifiées, souvent rares dans le secteur. Le succès de la SOCADEL dépendra donc de la capacité du gouvernement à conjuguer volonté politique, transparence financière et mobilisation des acteurs privés.
Si les objectifs 2026‑2028 sont atteints, le Cameroun pourrait enfin disposer d’un système électrique résilient, capable de soutenir la transition énergétique et les ambitions de développement du continent. Les prochains mois seront donc cruciaux pour mesurer l’impact réel de la réforme et pour vérifier si la SOCADEL pourra réellement transformer la promesse d’une énergie fiable en une réalité quotidienne pour des millions de Camerounais.




