Le Cameroun dispose d’un patrimoine naturel riche, incluant forêts, minerais et énergie, qui constitue une part significative de sa richesse nationale. Cependant, la valorisation de ces ressources reste un défi majeur pour le pays, confronté à une croissance démographique rapide et à une exploitation souvent jugée non durable.
La Banque africaine de développement (BAD) et la Banque mondiale soulignent la nécessité d’intégrer ces ressources dans les comptes nationaux pour offrir une image plus fidèle de l’économie camerounaise. Cette approche permettrait de mieux orienter les politiques de développement et d’attirer des investissements durables.
Le capital naturel du Cameroun est évalué à 222,3 milliards USD (130 000 milliards FCFA) par la Banque africaine de développement. Ce capital représente 39 % de la richesse nationale du Cameroun. La rente issue du capital naturel est passée de 6,5 % à 4,7 % du PIB entre 2018 et 2020. Le capital naturel par habitant a chuté de 47,9 % entre 1995 et 2020. La Banque mondiale estimait en 2025 la richesse naturelle du Cameroun à 331 800 milliards FCFA. Le capital humain représente 54 % du patrimoine national, devant le capital naturel et le capital produit.
Les chiffres révélés par la BAD mettent en lumière une contradiction majeure : le Cameroun dispose d’un capital naturel colossal, mais son exploitation ne génère plus les mêmes retombées économiques qu’auparavant. Cette situation s’explique en partie par une gestion peu durable des ressources, notamment forestières et minières, ainsi que par une croissance démographique qui dilue la valeur par habitant.
L’intégration de ces ressources dans le calcul du PIB, comme le préconisent la BAD et la Banque mondiale, n’est pas qu’une question technique. Elle pourrait transformer la perception internationale du Cameroun, attirer des financements verts et inciter à des politiques plus responsables. Pour l’Afrique, où les économies dépendent souvent de ressources naturelles, ce modèle pourrait servir d’exemple ou d’avertissement.
Cependant, cette transition nécessite une volonté politique forte et des réformes structurelles. Sans cela, le Cameroun risque de voir son capital naturel s’éroder davantage, compromettant ses perspectives de développement durable.
Pour le Cameroun, ces données imposent une réflexion urgente sur la gestion de ses ressources. Une meilleure comptabilisation du capital naturel pourrait permettre d’accéder à des financements climatiques ou à des partenariats internationaux, tout en renforçant la transparence et la gouvernance.
À l’échelle africaine, ce cas illustre un enjeu plus large : comment concilier exploitation des ressources et préservation de l’environnement ? Les pays riches en capital naturel, comme la RDC ou le Gabon, pourraient s’inspirer de cette approche pour éviter le piège de la surexploitation et construire des économies résilientes.
Le Cameroun se trouve à un carrefour : soit il continue à sous-exploiter son capital naturel, soit il en fait un levier de développement durable. Les prochaines années seront décisives pour déterminer si le pays saura transformer cette richesse potentielle en prospérité partagée, tout en préservant son environnement pour les générations futures.




