18,98 %. C'est le taux de participation des Spécialistes en valeurs du Trésor (SVT) aux Bons du Trésor Assimilables (BTA) émis par le Cameroun en juillet 2026, d'après les statistiques publiées par la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC). Un chiffre en net retrait par rapport à la moyenne de la zone Cemac, établie à 20,1 % sur la même période, et le niveau le plus bas enregistré par le pays depuis 2023.
La tendance ne date pas d'hier. Le taux camerounais s'élevait à 23,8 % en juillet 2023, avait grimpé à 26,3 % en juillet 2024, puis était retombé à 23,3 % en juillet 2025. La dégringolade de cette année confirme donc une érosion progressive de l'intérêt bancaire pour la dette publique camerounaise sur le marché régional, plutôt qu'un accident isolé.
Ce recul place le Cameroun en avant-dernière position de la Cemac, juste devant le Gabon (16,2 %), pourtant doté d'un réseau bancaire nettement plus restreint. À l'inverse, la Guinée équatoriale affiche un taux de participation de 41,6 %, suivie de la Centrafrique (25 %) et du Congo (23,3 %) — trois pays qui, sur le papier, disposent pourtant de marchés financiers moins développés que celui du Cameroun.
L'écart est d'autant plus frappant que le Cameroun compte 22 SVT agréés, le réseau le plus étoffé de toute la sous-région. Mais quantité ne rime pas avec engagement : le pays ne sert qu'un taux d'intérêt moyen de 6,97 % sur ses titres, contre 7,87 % en Guinée équatoriale et 7,24 % au Congo. Pour des banques en quête de rendement, l'équation devient moins avantageuse à Yaoundé qu'ailleurs dans la zone.
Cette désaffection relative des SVT touche directement la capacité de l'État camerounais à financer son déficit budgétaire sur le marché régional, à un moment où les besoins de trésorerie restent élevés. Un marché moins disputé oblige généralement l'émetteur à revoir ses conditions à la hausse pour attirer les investisseurs, ou à se tourner davantage vers d'autres sources de financement.
Reste que le Trésor camerounais garde une carte en main : son statut d'économie la plus vaste de la Cemac continue d'attirer les grandes banques régionales, même à des conditions jugées peu généreuses. La prochaine adjudication dira si Yaoundé ajuste sa politique de taux pour inverser la courbe, ou si elle mise sur son poids économique pour maintenir la demande malgré tout.




