Le 4 mai 2026, l'État camerounais a créé la Société camerounaise d'électricité (Socadel), qui reprend l'ex-concessionnaire Eneo avec l'État pour actionnaire unique. La nouvelle entité couvre la production, le transport, la distribution et l'import-export d'énergie. La renationalisation referme la parenthèse ouverte au début des années 2000.
Le changement de nom n'a pas mis fin aux coupures. Depuis le 1er juin 2026, les centrales thermiques de Kribi (gaz) et de Dibamba (fuel), exploitées par le groupe Globeleq, ont retiré leur capacité du réseau interconnecté Sud, provoquant des délestages touchant environ 40 % des abonnés dans les régions du Littoral et de l'Ouest.
Le problème est d'abord financier. Selon le plan de restructuration du distributeur, celui-ci affiche un déficit mensuel moyen de l'ordre de 13 milliards de FCFA. Une trésorerie sous tension permanente qui se répercute sur les paiements aux producteurs indépendants — d'où, en partie, le retrait de Globeleq.
Il est aussi technique. La mise en service en mars 2025 de la centrale hydroélectrique de Nachtigal, avec ses 420 MW, devait accroître la capacité installée d'environ 30 % et sonner la fin des rationnements. Mais en aval, le maillon transport, géré par la Société nationale de transport de l'électricité (Sonatrel), accumule un déficit d'investissement et peine à acheminer l'énergie produite jusqu'aux zones de consommation.
Le Grand-Nord vit une crise à part, plus ancienne : depuis 2020, les coupures y dépassent parfois douze heures par jour, le rendement réduit du barrage de Lagdo — affecté par la variabilité pluviométrique — étant désigné comme la cause principale.
Un rapport a chiffré la dérive : les délestages ont quadruplé au Cameroun en quatre ans. Socadel hérite donc d'un dossier où changer de statut ne suffit pas — il faut solder la dette du secteur, financer le transport et sécuriser l'approvisionnement des centrales, trois chantiers qui n'ont pas de calendrier commun.




