Le 23 juin 2026, RFI Afrique a mis en lumière la situation critique de Darak, petite commune du nord‑extrême du Cameroun, à la jonction du Nigeria et du Tchad. Depuis plusieurs mois, la localité, composée d’une série d’îlots sur le lac Tchad, vit sous la pression constante de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP). Cette présence armée transforme chaque aube en une incertitude pour les habitants, qui voient leurs repères s’effriter.
Isolée par des voies d’accès limitées, Darak se trouve dans une zone difficile d’accès, où les routes sont souvent impraticables pendant la saison des pluies. La configuration lacustre rend la communauté dépendante de la pêche et du commerce sur les marchés flottants, activités que les combattants d’ISWAP ciblent régulièrement pour imposer des rançons et diffuser une propagande hostile à l’État camerounais.
Le groupe jihadiste ne se contente pas de la simple intimidation. Sur les marchés, les hommes d’ISWAP extorquent les commerçants, tandis que les pêcheurs sont menacés de violences s’ils ne cèdent pas aux exigences du groupe. Cette stratégie vise à affaiblir l’autorité locale, à financer les opérations et à préparer, selon leurs revendications, l’annexion de la commune en expulsant les autorités administratives et militaires.
Le 5 février 2026, les combattants ont franchi la porte de la mairie de Darak et la délégation de l’élevage, malgré la présence de troupes camerounaises. L’assaut n’a fait aucune victime civile, mais a provoqué le déplacement d’environ 2 000 habitants, qui ont fui les foyers pour chercher refuge dans les camps improvisés le long du lac. Cette vague de déplacements a accentué la précarité déjà aiguë de la population.
Pour les familles déplacées, la perte de leurs habitations signifie la rupture des réseaux de soutien, l’insécurité alimentaire et l’accès limité aux soins de santé. Les autorités locales peinent à assurer la protection et l’assistance, tandis que les organisations humanitaires peinent à pénétrer la zone à cause de l’insécurité et de l’accès restreint.
Cette crise s’inscrit dans un contexte plus large de tensions transfrontalières. La proximité du Nigeria et du Tchad crée un corridor propice aux mouvements de groupes armés, compliquant la réponse du gouvernement camerounais. Le maintien d’une présence militaire efficace devient un défi logistique, et l’incapacité à sécuriser les routes du lac Tchad ouvre la porte à de nouvelles incursions.
Les développements à Darak restent à suivre de près. Les autorités camerounaises, soutenues par leurs partenaires régionaux, devront renforcer la coopération frontalière, améliorer les infrastructures de transport et garantir une assistance humanitaire rapide. Sans une réponse coordonnée, la pression d’ISWAP risque de s’étendre, menaçant la stabilité de l’ensemble de l’Extrême‑Nord et la sécurité des communautés riveraines du lac Tchad.




