Huit mois après les débordements qui ont suivi la présidentielle du 12 octobre 2025, la détention de cinq cents manifestants continue d’alimenter la colère dans le sud du Cameroun. Dans les villes de Douala, Bafoussam, Foumban et à la prison de Kondengui à Yaoundé, les prévenus attendent toujours leur jugement, enfermés dans une attente qui ressemble à une punition collective.
Maître Fabien Kengne, avocat chargé de la défense de plusieurs de ces détenus, décrit la situation comme « une forme de punition collective injuste ». Il rappelle que les arrestations se sont déroulées en flagrant délit, mais que les procédures judiciaires n’ont jamais suivi. Selon lui, le système judiciaire est paralysé, laissant les accusés sans recours et les familles dans l’incertitude la plus totale.
Le drame s’est aggravé en juin 2026, lorsque deux prisonniers sont décédés à Kondengui, vraisemblablement faute de soins médicaux adéquats. La mort de ces détenus, confirmée par l’avocat, souligne l’absence de suivi sanitaire dans les établissements pénitentiaires et renforce les accusations de traitement inhumain. Ces pertes sont perçues comme le symptôme d’un dysfonctionnement plus large, où la détention provisoire devient une peine de fait.
Pour les familles, chaque jour qui passe sans information officielle renforce le sentiment d’abandon. Les proches, souvent sans ressources, se retrouvent à devoir financer les frais de visite et les besoins de base des détenus, alors même que le pays est confronté à une inflation galopante. Cette charge financière s’ajoute à la douleur psychologique d’une incertitude qui ne cesse de croître.
Sur le plan politique, la persistance de ces détentions menace la crédibilité du gouvernement auprès de la communauté internationale. Les organisations de défense des droits humains, déjà alertées par les violences post‑électorales, pourraient intensifier leurs pressions, exigeant la libération immédiate des prisonniers et le respect du droit à un procès équitable. Un tel mouvement pourrait, à son tour, influencer les relations du Cameroun avec ses partenaires économiques et diplomatiques.
Dans les rues de Douala et de Bafoussam, les slogans résonnent encore : « Justice pour les détenus », « Liberté, dignité, vérité ». Ces revendications traduisent une volonté populaire de voir la règle de droit rétablie. Elles rappellent que la stabilité du pays repose autant sur la capacité des institutions à rendre justice que sur la force de ses forces armées.
Alors que les mois à venir s’annoncent cruciaux, l’enjeu dépasse la simple libération de cinq cents individus. Il s’agit de restaurer la confiance entre l’État et ses citoyens, de garantir que la détention provisoire ne devienne pas une sanction permanente, et d’assurer que chaque détenu bénéficie d’un procès transparent. Le futur du Cameroun dépendra de la capacité des autorités à répondre à ces exigences, sous le regard attentif de la société civile et de la communauté internationale.




