LLV LE MAG
Afrique·Actualité·1 juil. 2026, 11:52

Douala : huit mois après, trois adolescents toujours enfermés à New Bell

À la prison centrale de New Bell, trois mineurs arrêtés lors des manifestations post-électorales d'octobre attendent encore la liberté. Aucune charge retenue, mais une caution de 100 000 francs CFA les maintient derrière les barreaux. L'un d'eux, 16 ans, a contracté la tuberculose.

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Illustration éditoriale pour Douala : huit mois après, trois adolescents toujours enfermés à New Bell

Ils avaient l'âge des salles de classe, pas celui des cellules. Huit mois après leur interpellation, trois adolescents demeurent enfermés à la prison centrale de New Bell, à Douala. Leur tort présumé : s'être trouvés dans leurs quartiers au moment où la colère grondait dans les rues du pays, à l'approche de la proclamation officielle des résultats de la présidentielle d'octobre.

Le contexte, chacun s'en souvient. Le Conseil constitutionnel du Cameroun a proclamé, ce 27 octobre, les résultats de l'élection présidentielle du 12 octobre. Paul Biya l'emporte officiellement avec 53,66 % des suffrages, devant Issa Tchiroma Bakary, qui a d'ores et déjà contesté ces chiffres. Cette contestation a mis le feu aux poudres. Des manifestations post électorales sont observées à Maroua, à Ngaoundéré, Figuil, Douala, Dschang, Bafoussam et plusieurs autres villes. Dans la capitale économique, la répression a été particulièrement brutale.

Les trois jeunes n'ont pas échappé à cette vague. Arrêtés dans leurs quartiers, ils font partie de ceux que la justice camerounaise n'a toujours pas restitués à leurs familles. Présentés devant un juge du tribunal de première instance de Bonanjo, ils ont pourtant vu leur dossier vidé de toute substance : aucune charge n'a été retenue contre eux.

Mais l'absence de charge ne rime pas avec la liberté. En théorie, ils peuvent sortir. En pratique, une condition les cloue à leur cellule : une caution de 100 000 francs CFA, soit environ 150 euros, et deux garants exigés pour chacun. Une somme dérisoire pour certains, insurmontable pour d'autres. Voilà tout le paradoxe de cette affaire : la clé de la cellule existe, mais elle a un prix que ces adolescents ne peuvent payer.

Le plus alarmant tient à la santé de l'un d'eux. Âgé de 16 ans, ce garçon a contracté la tuberculose derrière les murs de New Bell. Une maladie qui prospère dans les espaces confinés et surpeuplés, révélatrice de conditions de détention qui interrogent. Comment un mineur, jamais formellement inculpé, en vient-il à tomber gravement malade en prison ?

Sur le terrain, des voix s'élèvent. Philippe Nanga, coordonnateur de l'organisation Un Monde Avenir, réclame une libération immédiate. « Il y a un jeune particulièrement qui est très souffrant », alerte-t-il, décrivant un adolescent isolé, sans contact, sans soutien familial à ses côtés. Un cri qui résonne au-delà du seul cas de ces trois jeunes.

Car ils ne sont que la partie émergée d'un iceberg. Selon des recensements d'organisations de défense des droits humains, ce sont des centaines de personnes qui restent incarcérées dans le cadre de cette crise. Le décès de Souleymanou Tobi relance une question que personne au sommet ne semble pressé de trancher : que fait-on des quelque 150 détenus de la crise post-électorale de 2025, toujours incarcérés sans jugement définitif ? La lenteur du calendrier judiciaire aggrave l'attente. Depuis janvier 2026, les audiences se tiennent au rythme d'une seule par mois devant le tribunal militaire de Yaoundé.

Le sort de ces trois adolescents de Douala pose une question simple et dérangeante : que devient une jeunesse arrêtée sans procès, malade, oubliée ? Tant que la caution ne sera pas réunie ou levée, la porte de New Bell restera close. Pour ces familles, chaque jour qui passe est un jour de trop. Et pour le pays, un test de sa capacité à tourner la page d'une crise qui n'en finit pas de faire des victimes silencieuses.

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