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Afrique·Actualité·1 juil. 2026, 08:07

Faux décret à la CRTV : l'État sort du silence, la vérité reste sous scellés

Dix-huit jours après qu'un inconnu a tenté de faire lire à l'antenne une fausse nomination de vice-président, Yaoundé confirme l'arrestation de l'auteur. Mais le communiqué officiel soulève plus de questions qu'il n'en ferme.

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Une enveloppe scellée, deux décrets à l'apparence irréprochable, et un pays qui, l'espace d'un après-midi, a failli basculer. Voilà résumée l'affaire qui secoue le Cameroun depuis la mi-juin 2026. Ce mardi 30 juin, l'État a enfin rompu un silence assourdissant. Mais le communiqué censé clore la polémique risque bien d'en rouvrir une autre.

Reprenons le fil. Selon plusieurs médias camerounais, les faits remontent au 12 juin 2026. Un homme se présente au siège de la chaîne nationale, à Yaoundé, sûr de lui, particulièrement insistant. Il affirme détenir un document de la plus haute importance en provenance directe du palais d'Etoudi, avec une instruction claire : le texte doit être lu impérativement lors du journal parlé de 17 heures.

Dans le pli fermé, deux textes. Un décret portant nomination d'un vice-président de la République, un autre annonçant la formation d'un nouveau gouvernement. Visuellement, la supercherie est parfaite : le document arbore tous les attributs de l'authenticité, les sceaux officiels de la présidence et la signature attribuée au chef de l'État. Sur le papier, rien ne distingue le faux d'un vrai acte présidentiel.

C'est l'instinct d'un homme qui a tout changé. En l'absence du directeur général Charles Ndongo, c'est la vigilance du journaliste Aimé Robert Bihina qui a permis d'éviter la diffusion. La vérification a nécessité un appel téléphonique jusqu'à Genève, où séjournait alors le président Paul Biya, en voyage privé depuis le 7 juin. L'entourage présidentiel a formellement démenti toute signature. Pas de protocole numérique, pas de code de sécurité. Juste un cadre expérimenté, sa mémoire des circuits officiels, et un doute salvateur.

Que serait-il arrivé si le texte avait franchi les ondes ? Si le décret avait été lu à 17 heures sur la radio nationale, le Cameroun se serait retrouvé avec un gouvernement fictif, un vice-président autoproclamé et une confusion totale au sommet de l'État. Dans un pays où la CRTV incarne, dans l'imaginaire collectif, la voix même de l'État, un tel démenti serait arrivé bien après l'embrasement.

Pour saisir la portée de la manœuvre, il faut regarder le contexte. Le poste de vice-président, réintroduit par la révision constitutionnelle d'avril 2026, est conçu comme la voie de succession automatique au sommet de l'État. Autrement dit, désigner un homme à ce fauteuil, même par la fraude, revenait à couronner un héritier présumé. Dans un pays où Paul Biya, 93 ans, n'a procédé à aucun remaniement ministériel depuis 2019 et où la question de sa succession alimente les spéculations depuis des années, l'irruption d'un faux décret nommant un inconnu à ce poste aurait pu provoquer une confusion institutionnelle majeure.

Le communiqué officiel a enfin apporté un cadrage. Selon le texte signé par René Emmanuel Sadi, ministre de la Communication, un individu s'est présenté courant juin dans les locaux de la CRTV à Yaoundé et y a déposé un pli fermé contenant un document revêtant, en apparence, les sceaux officiels de la Présidence et une signature attribuée au chef de l'État. Le gouvernement affirme que le document n'a jamais été signé par qui de droit, que son auteur est en garde à vue, et que la nomination d'un vice-président demeure la seule prérogative du chef de l'État.

Mais là où l'État veut apaiser, l'opinion s'interroge. Qui est réellement l'homme au centre de l'affaire ? Selon plusieurs médias, il s'agit de Johann Adriel Sitchom Kuate, parfois désigné sous l'ordre inversé « Sitchom Johann » selon les sources. Une version relayée par un lanceur d'alerte le présente comme un homme ayant agi seul, mû par une révélation divine. Une autre lecture, plus sombre, y voit une opération avortée puis maquillée en délire mystique pour brouiller les pistes. Deux thèses, aucune preuve publique tranchant l'énigme à ce jour.

Au-delà du fait divers rocambolesque, l'épisode expose une faille béante. Comment un acte aussi lourd de conséquences peut-il reposer, en dernier ressort, sur le flair d'un seul journaliste et un coup de fil à l'étranger ? La désinformation a franchi un cap : de l'ère du faux PDF sur WhatsApp à l'infiltration physique des institutions. Les développements judiciaires sont attendus, et avec eux, l'espoir d'une réponse à la question que tout le Cameroun se pose désormais : à qui, au juste, profitait ce coup ?

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