Fin 2026, la fintech kényane Flowt a bouclé un tour pré‑amorçage de 550 000 $ mené par Delta40 Fund I et Impacc, avec le soutien de la Fondation Argidius. Sous la direction d’Elana Laichena, ancienne responsable kényane de Delta40 et fondatrice d’Acacia Innovations, la start‑up mise sur l’intelligence artificielle pour raccourcir à quelques jours le processus d’évaluation de la solvabilité des PME africaines engagées dans la transition climatique. Ce pari technologique, à mon sens, ne se limite pas à une prouesse technique : il vise à combler un vide de financement qui étouffe l’innovation verte sur le continent, en offrant aux petites structures une visibilité que les banques traditionnelles peinent à accorder.
Concrètement, l’outil de Flowt croise relevés bancaires, transactions M‑Pay et données comptables issues de QuickBooks, Zoho ou Odoo, produisant en quelques jours un dossier de solvabilité prêt à être soumis à un prêteur. Le premier bénéficiaire, GreenBay, entreprise kényane de reconditionnement d’appareils électroménagers et de systèmes solaires domestiques, a ainsi obtenu un prêt de trésorerie auprès de Choice Bank. Cette réussite s’inscrit dans un contexte où le déficit de financement des petites entreprises africaines dépasse 330 milliards de dollars, et où la demande de crédit au Kenya s’élève à environ 4 000 milliards de shillings contre seulement 700 milliards réellement octroyés, soit près d’un cinquième du PIB national.
Pour le Cameroun et l’Afrique francophone, le modèle Flowt représente une feuille de route potentielle. Si les acteurs locaux parviennent à adapter une plateforme similaire, les PME camerounaises œuvrant dans l’énergie solaire, la gestion des déchets ou l’agro‑transformation pourraient accéder plus rapidement à des financements indispensables. Cela impliquerait toutefois une mobilisation accrue des banques et des institutions de micro‑finance pour intégrer ces évaluations algorithmiques, ainsi qu’un cadre réglementaire garantissant la transparence des données et la protection des entrepreneurs.
La question qui se pose désormais n’est pas seulement technique, mais sociétale : comment assurer que l’IA au service du crédit ne crée pas de nouvelles inégalités, mais renforce réellement l’inclusion financière ? Le succès de Flowt devra être suivi de près, afin que l’innovation ne reste pas un cas isolé, mais devienne un levier partagé pour l’ensemble du continent, où chaque petite entreprise verte pourra enfin transformer son ambition en réalité.




