Le 7 juillet 2026, le gouvernement du Cameroun a officiellement annoncé une opération de nettoyage du fichier des allocations familiales, un dispositif qui verse chaque mois près de 3 milliards de francs CFA aux familles d’enfants à charge. Face à une hausse « atypique » du nombre d’enfants déclarés, les autorités ont déclaré que des fraudes massives, imputables en partie aux agents publics, menaçaient l’équilibre du budget social. Cette prise de parole, relayée par le ministère des Finances, place la lutte contre le détournement au cœur de l’agenda politique.
Selon le ministre des Finances, le montant consacré aux allocations familiales représente environ 3 milliards de francs CFA, soit 4,57 millions d’euros, chaque mois. Il rappelle que l’alerte avait déjà été donnée en 2023, lorsque les chiffres ont commencé à diverger de façon inquiétante. Bien que l’audit aurait dû être lancé dès 2024, il n’a été inscrit au budget que l’an suivant, ce qui, selon lui, a retardé la détection des irrégularités.
La fraude aux allocations ne se limite pas à un simple gaspillage de deniers publics ; elle affaiblit la capacité de l’État à soutenir les foyers les plus vulnérables. Chaque enfant déclaré à tort détourne des ressources qui auraient pu financer l’éducation, la santé ou les programmes de lutte contre la pauvreté. Pour les contribuables, la perte se traduit par des impôts plus lourds ou des services publics dégradés, alimentant le sentiment d’injustice.
Le gouvernement a donc exigé de tous les agents publics concernés de fournir, d’ici le 15 août, les actes de naissance originaux ainsi que les certificats de vie collective de chaque enfant déclaré. Ces pièces seront vérifiées par la Direction Générale des Impôts, qui croisera les données avec le registre national des naissances. Les dossiers jugés frauduleux seront immédiatement retirés du fichier, et les bénéficiaires indus devront rembourser les sommes perçues.
Cette démarche s’accompagne d’un lourd fardeau administratif. Certains fonctionnaires, habitués à des procédures souples, redoutent la complexité de la collecte de documents et la possible remise en cause de leurs déclarations passées. Le risque de contestations juridiques est réel, tout comme la nécessité de former les agents aux nouvelles exigences de traçabilité.
Au-delà du volet purement financier, l’opération s’inscrit dans une dynamique plus large de lutte contre la corruption au sein de la fonction publique. En affichant une volonté de transparence, le pouvoir espère restaurer la confiance des citoyens dans les institutions. Le nettoyage du fichier pourrait également ouvrir la voie à une réforme du système d’allocations, avec des critères plus stricts et une automatisation accrue.
Les contrôles à venir détermineront l’orientation du budget dédié aux allocations familiales ; s’ils s’avèrent efficaces, celui‑ci pourrait retrouver une trajectoire stable, libérant ainsi des ressources pour les programmes de développement. Pour les Camerounais, la réussite de cette initiative représente une promesse de justice sociale et de meilleure gouvernance. Le gouvernement a indiqué qu’il suivra de près les résultats et envisagera, le cas échéant, des mesures supplémentaires pour garantir l’intégrité du dispositif.




