Le 23 juin 2026, le Journal du Cameroun publie un diagnostic sans appel : 77 présidents de conseil d’administration (PCA) et 35 directeurs généraux (DG) occupent leurs fonctions en violation du cadre juridique. Dans un pays où plus de 306 000 agents publics assurent le service de l’État, ces irrégularités représentent une faille structurelle qui menace la crédibilité de l’appareil administratif.
Le mandat d’un PCA ou d’un DG est régi par le Code des marchés publics et les textes de la fonction publique, qui imposent des limites de durée et des procédures de nomination transparentes. Or, nombre de ces mandats dépassent les seuils légaux, certains fonctionnaires étant reconduits indéfiniment sans appel d’offres ni validation parlementaire. Cette pratique crée une double illégalité : elle contrevient aux règles de nomination et elle prive l’État de son droit de contrôle budgétaire.
Les répercussions sont multiples. D’abord, la mauvaise allocation des ressources publiques, chaque mandat illégal entraînant des dépenses de gestion non justifiées, gonfle le budget de l’État sans contrepartie de performance. Ensuite, la perte de confiance des citoyens, qui voient leurs services publics affaiblis par des dirigeants dont la légitimité est remise en cause. Enfin, le risque d’une spirale de corruption, où la continuité des postes devient un privilège réservé à un cercle restreint d’acteurs politiques.
Viviane Ondoua Biwole, experte en management public, pointe du doigt les racines de ce phénomène : le patronage politique qui favorise la nomination de proches, la faiblesse des organes de contrôle comme la Cour des comptes, et l’absence de sanctions effectives. Elle souligne que le cadre législatif, bien que complet, reste sous‑exploité faute de volonté politique et de suivi rigoureux.
Pour le citoyen camerounais, la conséquence la plus tangible est la dégradation de la qualité des services. Que ce soit dans la santé, l’éducation ou les infrastructures, la présence de dirigeants illégaux ralentit les projets, retarde les réformes et augmente les coûts pour les usagers. Le sentiment d’injustice se traduit alors par une désaffection croissante envers les institutions publiques.
Face à ce constat, la chercheuse propose trois axes de réforme : premièrement, la mise en place d’un registre numérique obligatoire des nominations, accessible à la population et aux organes de contrôle ; deuxièmement, l’instauration de sanctions administratives proportionnées, incluant la révocation immédiate et le remboursement des salaires indus ; troisièmement, le renforcement du rôle du Parlement dans la validation des mandats, afin d’assurer une supervision parlementaire continue.
L’enjeu est clair : sans une remise en question profonde du mode de nomination, le Cameroun risque de voir s’amplifier le fossé entre l’État et ses administrés. Les recommandations de Viviane Ondoua Biwole offrent une feuille de route, mais leur mise en œuvre dépendra de la capacité des autorités à dépasser les intérêts partisans au profit d’une gouvernance transparente et responsable.




