Le 11 juillet 2026, Issa Tchiroma Bakary, figure politique de l’opposition camerounaise, a officiellement saisi la justice suisse de deux plaintes. L’annonce, relayée par le Journal du Cameroun le 13 juillet, s’inscrit dans une stratégie juridique visant le régime de Yaoundé pour des faits qualifiés de massacres et d’actes de répression contre des Camerounais revendiquant la vérité. Cette initiative, portée sur le socle de la compétence universelle, marque une nouvelle étape dans la confrontation entre l’opposition et les institutions judiciaires européennes.
Ancien ministre de la Communication et de la Culture sous la présidence de Paul Biya, Tchiroma Bakary s’est présenté comme candidat à l’élection présidentielle du 12 octobre 2025. Son parcours, jalonné de fonctions ministérielles et de critiques virulentes du pouvoir, lui a valu une visibilité majeure dans le paysage politique camerounais. En se positionnant comme porte‑voix des victimes présumées, il cherche à transformer les griefs politiques en affaires judiciaires, une démarche rare dans l’histoire du pays.
La compétence universelle, principe reconnu par plusieurs États, permet de juger des crimes graves indépendamment du lieu où ils ont été commis ou de la nationalité des auteurs. En invoquant ce fondement, Tchiroma Bakary adresse à la Cour suisse deux dossiers distincts : l’un relatif à des exécutions extrajudiciaires, l’autre à des détentions arbitraires perpétrées après les élections de 2020. Le texte de la plainte, déposé à Berne, accuse le gouvernement de Yaoundé d’une politique de terreur visant les opposants.
Cette saisine n’est pas une première. En avril 2026, le même homme avait déjà porté plainte devant la justice française, invoquant également la compétence universelle pour les mêmes faits. La double action, française puis suisse, révèle une volonté de multiplier les juridictions afin d’accroître la pression internationale sur le pouvoir camerounais. Elle souligne aussi les limites perçues du système judiciaire national, jugé par l’opposition comme incapable d’assurer une enquête impartiale.
Le contexte qui alimente ces démarches est celui d’une crise post‑électorale persistante. Depuis les élections de 2020, les organisations de défense des droits humains dénoncent des violences répressives, des disparitions forcées et des exécutions sommaires dans les régions anglophones et dans le Nord. Les accusations de Tchiroma s’inscrivent donc dans un climat de méfiance généralisée, où la communauté internationale est régulièrement sollicitée pour surveiller le respect des engagements pris par Yaoundé.
Si les tribunaux suisses décident d’ouvrir une instruction, les répercussions pourraient être multiples. Sur le plan diplomatique, une mise en examen de hauts responsables camerounais risquerait de fragiliser les relations bilatérales, déjà tendues par les questions de gouvernance et de droits humains. Sur le plan interne, la perspective d’un procès à l’étranger pourrait alimenter les revendications de l’opposition et renforcer les appels à des réformes institutionnelles. Toutefois, la compétence suisse reste soumise à des critères stricts de preuve et de recevabilité.
Les observateurs attendent maintenant la décision du parquet cantonal de Berne. Une instruction, même préliminaire, serait perçue comme une victoire symbolique pour les victimes et leurs soutiens, tandis qu’un rejet pourrait renforcer le sentiment d’impunité. Dans les semaines à venir, le suivi de ce dossier offrira un baromètre de la capacité du système judiciaire international à intervenir dans des conflits internes. Pour les Camerounais, l’enjeu demeure la quête d’une justice qui transcende les frontières.




