MTN a annoncé la création d'Africa Data Hub Holding Limited, une coentreprise avec des fonds émiratis destinée à construire des data centers sur le continent — une première phase visant 150 mégawatts, déployés en Afrique du Sud et au Nigeria.
Le montage financier place MTN, pourtant géant panafricain des télécoms, en position d'actionnaire minoritaire : l'essentiel du capital et de l'expertise technique proviendra d'une plateforme d'investissement basée dans le Golfe.
Le calcul économique se comprend : la demande africaine en services cloud croît de 25 à 30 % par an, un rythme que les seuls capitaux locaux peinent à financer. Mais le choix interroge aussi une contradiction de fond — confier à des capitaux étrangers la construction des infrastructures censées ancrer la souveraineté numérique du continent.
Pour le Cameroun et l'Afrique francophone, l'enjeu reste concret : des data centers locaux réduiraient la latence de services critiques comme la télémédecine ou les paiements mobiles, tout en gardant les données sensibles sur le continent plutôt que sur des serveurs étrangers.
Le risque, à l'inverse, est de reproduire un schéma déjà connu dans les secteurs minier et énergétique : une dépendance à des capitaux extérieurs pour exploiter des ressources stratégiques locales, sans que les bénéfices industriels ne reviennent pleinement au continent.
La question n'est donc pas de rejeter les partenariats étrangers, structurellement nécessaires vu l'ampleur des investissements requis, mais de s'assurer qu'ils servent d'abord des intérêts africains — faute de quoi le continent risque simplement d'échanger une dépendance contre une autre.




