Antananarivo, 6 juillet 2026 – Le gouvernement de Madagascar a signé un décret qui redéfinit les grilles salariales du secteur privé. À compter du 1 mars 2026, le salaire minimum à l'embauche passe à 300 000 ariary, soit environ 60 €, dans le secteur non agricole, et à 304 300 ariary, soit près de 61 €, dans l'agriculture. Cette mesure s’applique à toutes les catégories professionnelles du privé.
Le texte légal impose aux employeurs de régler, dès maintenant, quatre mois d’arriérés aux salariés qui percevaient un salaire inférieur avant l’entrée en vigueur du nouveau barème. Cette rétroactivité vise à compenser les travailleurs qui ont longtemps supporté des rémunérations bien en dessous du seuil fixé, tout en évitant une rupture brutale du pouvoir d’achat.
Les syndicats, qui attendaient cette réforme depuis plusieurs mois, l’accueillent avec un soulagement visible. Barson Rakotomanga, secrétaire général du Randrana Sendikaly, souligne que « ces montants restent en dessous du seuil international de pauvreté ». Il rappelle que, malgré la hausse, le niveau salarial demeure insuffisant pour garantir une vie décente, surtout dans les zones urbaines où le coût du logement ne cesse d’augmenter.
Le seuil de pauvreté international, fixé à 1,90 $ par jour, équivaut à environ 1 200 ariary. Même avec la nouvelle grille, le salaire minimum à l’embauche reste légèrement supérieur à ce seuil, mais la marge reste mince. Pour un travailleur moyen, cela se traduit par un revenu mensuel d’environ 9 000 ariary, soit 1,80 $ par jour, bien en deçà du niveau requis pour couvrir les dépenses de santé, d’éducation et de transport.
Dans le contexte africain, Madagascar rejoint plusieurs pays qui révisent leurs barèmes salariaux afin de répondre aux pressions sociales et aux exigences du marché du travail. Le Bénin, le Ghana et le Kenya ont récemment ajusté leurs minima, créant une dynamique régionale qui pourrait influencer les débats au Cameroun, où les revendications syndicales portent également sur une revalorisation du salaire de base. Les décideurs camerounais observent de près ces expériences pour calibrer leurs propres politiques salariales.
L’impact économique de la revalorisation se mesure à deux niveaux. D’une part, le pouvoir d’achat des salariés augmente, stimulant la consommation locale et favorisant la création d’emplois dans le secteur informel. D’autre part, les entreprises, surtout les PME, devront absorber des coûts supplémentaires, ce qui pourrait se traduire par une hausse des prix ou, dans le pire des cas, par des licenciements si la marge de manœuvre reste limitée. Le gouvernement a indiqué qu’il suivra de près l’évolution de l’inflation afin d’ajuster, si nécessaire, les mesures fiscales.
Les prochains mois seront cruciaux pour évaluer la portée réelle de ce décret. Les observateurs attendent les premiers bilans des organisations patronales et des chambres de commerce, ainsi que les réactions des travailleurs face aux arriérés à verser. Si les retours sont majoritairement positifs, Madagascar pourrait envisager une nouvelle hausse avant la fin de l’année, afin de rapprocher le salaire minimum du seuil de pauvreté international et de répondre aux exigences des partenaires sociaux.




