Il était rentré chez lui pour célébrer un moment de grâce. Il y a trouvé la captivité. Dans la nuit du 27 juin 2026, le père John Bosco Bihkong, prêtre nouvellement ordonné, a été arraché à son village natal de Melim, dans l'arrondissement de Ndop, au cœur de la région du Nord-Ouest. Deux compagnons de route ont subi le même sort. Voilà comment une première messe, symbole d'espérance, s'est muée en épreuve pour toute une communauté.
Les faits sont désormais établis. Le père Bihkong, en service dans le diocèse de Nkongsamba, département du Moungo, région du Littoral, s'était rendu dans sa localité d'origine pour y célébrer sa première messe. Il était accompagné du frère Sylvester Sewong, gardien du Couvent de Kékem, et du frère Marie Rodrigue Sop, appelé à sa profession perpétuelle. Les trois hommes appartiennent à la congrégation des Frères Franciscains de l'Emmanuel. Depuis, ils sont détenus par des ravisseurs non identifiés.
L'alerte est venue de la hiérarchie ecclésiale elle-même. L'information émane de l'évêque de Nkongsamba, Mgr Dieudonné Espoir Atangana, transmise par une communication signée du vicaire général, Mgr Joseph Tchinda Dountio. Le message, adressé aux responsables de l'Église catholique du diocèse, aux fidèles et aux personnes de bonne volonté, les invite à prier et à se mobiliser pour la libération des trois serviteurs de Dieu. Un appel qui traduit autant la foi que l'inquiétude.
Pourquoi ce drame résonne-t-il si profondément ? Parce qu'il n'a rien d'isolé. Une fois de plus, le clergé paie un lourd tribut à une crise anglophone qui dure depuis une dizaine d'années. Prêtres, pasteurs et religieux figurent régulièrement parmi les cibles des groupes armés dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. L'habit ecclésiastique, censé offrir une protection morale, n'immunise plus contre la violence.
La mémoire collective garde en effet des précédents douloureux. En septembre 2022, cinq prêtres et une religieuse avaient été enlevés à Nchang, dans la région du Sud-Ouest, avant d'être libérés des semaines plus tard, sans que les modalités de leur libération soient rendues publiques. Plus récemment, en novembre 2025, l'archevêque de Bamenda, Mgr Andrew Nkea, avait annoncé la détention de six prêtres et d'un laïc. Après la libération de cinq d'entre eux, les ravisseurs avaient conservé le père John Berinyuy Tatah et réclamé une rançon.
Ce même père Berinyuy Tatah, kidnappé dans l'arrondissement de Ndop, avait finalement été libéré. Le Vatican l'a depuis nommé évêque auxiliaire de l'archidiocèse de Bamenda, une reconnaissance qui n'efface pas la blessure. Que le nouvel enlèvement se produise dans ce même arrondissement de Ndop n'est pas anodin : il confirme la persistance de foyers d'insécurité tenaces, où l'autorité de l'État peine à s'imposer face aux combattants séparatistes.
Pour les fidèles du Nord-Ouest, le message est glaçant. Comment célébrer, se rassembler, transmettre la foi lorsque les officiants eux-mêmes deviennent des proies ? Chaque enlèvement fragilise un peu plus le tissu spirituel et social d'une région déjà exsangue. Il pousse des paroisses à fermer, des prêtres à fuir, des communautés à vivre dans la peur. Derrière les statistiques d'enlèvements se cache une lente asphyxie de la vie religieuse locale.
À l'heure où ces lignes sont écrites, aucune revendication publique ni condition n'a été rendue publique concernant les trois religieux. Les développements demeurent attendus, et la prudence s'impose sur le sort exact des captifs. Reste une certitude : tant que la crise anglophone ne trouvera pas d'issue politique durable, l'Église continuera de compter ses martyrs et ses otages. La libération du père Bihkong et de ses frères sera un soulagement. Elle ne réglera pas la question de fond.




