Le 22 juin 2026, le débat autour de la direction du football camerounais a repris de plus belle. Après la récente prise de parole de Samuel Eto’o, ancien capitaine des Lions Indomptables, les réseaux sociaux se sont enflammés. L’ancien attaquant, devenu président de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), a dénoncé ce qu’il qualifie d’attaques orchestrées par des intérêts politiques. Son message, à la fois provocateur et chargé d’émotion, a immédiatement suscité des réactions vives au sein de la communauté sportive.
Dans son post, Eto’o a rappelé son parcours exceptionnel, évoquant les titres remportés avec le FC Barcelone, l’Inter Milan et le Cameroun, ainsi que les multiples distinctions qui, selon lui, légitiment son rôle à la tête de la Fecafoot. Il a affirmé que les critiques à son encontre étaient le fruit d’une campagne visant à le discréditer, insinuant que les opposants cherchaient à exploiter le football à des fins politiques.
Face à ces accusations, le politologue et universitaire Mathias Eric Owona Nguini, professeur de sciences politiques à l’Université de Yaoundé, n’a pas tardé à répliquer. Reconnu pour ses travaux sur la gouvernance publique et les institutions sportives, Owona Nguini a choisi la franchise, préférant un ton direct à la diplomatie habituelle.
« Samuel Eto’o, tes Ballons d’Or ne peuvent suffire », a-t-il déclaré, citant les honneurs individuels du footballeur comme une métaphore de la réussite sportive. Selon le professeur, le prestige d’un palmarès ne se traduit pas automatiquement en compétences de gestion. « Il faut te former pour gérer le football, car tu es très loin d’en avoir le niveau », a-t-il ajouté, insistant sur la nécessité d’une formation spécifique avant d’assumer la direction d’une fédération.
Owona Nguini a ensuite élargi son argumentation en évoquant trois formes de capital qu’il estime manquer à l’ancien international : le capital intellectuel, le capital technique et le capital scientifique. « Tu n’as ni le capital intellectuel, encore moins le capital technique et certainement pas le capital scientifique pour gérer », a-t-il affirmé, soulignant que la gouvernance du football requiert une expertise qui dépasse le talent sur le terrain.
Ces propos s’inscrivent dans un climat de tension croissante autour de la Fecafoot. Depuis plusieurs mois, les clubs, les joueurs et les supporters réclament plus de transparence et de professionnalisme dans la prise de décision. La remise en cause de la légitimité d’Eto’o par un universitaire renforce le sentiment que la question dépasse le simple affrontement de personnalités et touche à la structure même du pouvoir sportif au Cameroun.
Pour les observateurs, la prochaine étape sera de voir si le président de la fédération répondra à ces exigences de formation et d’expertise. Le débat pourrait ouvrir la voie à un dialogue plus large entre les acteurs du football, les institutions académiques et les instances politiques, afin d’établir des critères clairs de compétence pour les dirigeants. Dans un pays où le football reste un moteur social et économique, la capacité à gérer, comme le rappelle Owona Nguini, ne se résume pas à dribbler.




