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Cameroun·Sport·4 sept. 2026, 05:43

Pourquoi Samuel Eto'o défend Gianni Infantino — et pourquoi il a en partie raison

Pendant que l'UEFA menace de boycott et que d'autres confédérations réclament sa tête, le président de la FECAFOOT prend sur CNN la défense du patron de la FIFA. Analyse d'un choix moins sentimental qu'il n'y paraît.

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Illustration éditoriale — tribune sur le soutien de Samuel Eto'o à Gianni Infantino

« Je ne pense pas que le président Gianni Infantino ait fait quoi que ce soit de mal. » Sur CNN, la phrase surprend moins par son contenu que par la voix qui la prononce : celle de Samuel Eto'o, président de la Fédération camerounaise de football, à un moment où le patron de la FIFA n'a jamais paru aussi isolé. À sept mois de l'élection présidentielle prévue le 17 mars 2027 à Rabat, l'UEFA agite la menace d'un boycott de compétitions, la CONCACAF et la Confédération asiatique réclament un changement de direction, et un vote de défiance devient juridiquement possible dès que 20 % des 211 fédérations membres — une quarantaine environ — le demandent.

Face à cette fronde, Eto'o ne se contente pas d'un soutien tiède. Sur le calendrier des attaques : « Je pense que le timing de tout cela, c'est parce qu'il y a une élection qui arrive, à laquelle Gianni Infantino se présente. » Sur le bilan du président sortant : « Il a changé le football. Il a donné leur chance à des nations qui n'avaient pas cette chance de participer au plus beau des tournois, la Coupe du monde. » Et sur l'Afrique : « Il a aidé notre continent. Il a aidé nos fédérations à se développer beaucoup plus vite, et il faut le reconnaître. »

Une tribune honnête ne peut pourtant pas s'arrêter là, et la critique la plus sérieuse mérite d'être posée avant les chiffres qui la nuancent. Dépendre à ce point d'un seul bailleur n'a rien d'une souveraineté retrouvée. Des irrégularités dans la gestion des fonds FIFA Forward ont été documentées au Nigeria comme au Congo. L'argent va d'abord aux compétitions d'élite, beaucoup moins au football de base qui reste le parent pauvre. Et les dirigeants africains ont, dans l'ensemble, avalé les réformes sans grand débat sur leur soutenabilité — la FECAFOOT d'Eto'o comprise.

Reste que les chiffres, eux, ne mentent pas non plus. Le nombre de places africaines à la Coupe du monde est passé de cinq à neuf entre les éditions précédentes et celle de 2026. FIFA Forward a injecté plus d'un milliard de dollars dans le football africain depuis 2016, un montant qui doit approcher 1,3 milliard d'ici la fin de l'année. Le programme « Football for Schools », lancé en 2019, tourne aujourd'hui dans 46 pays du continent ; les deux premières académies de talents FIFA ont ouvert en 2025, à Nouakchott et à Djibouti, avec une vingtaine d'autres promises d'ici 2027. Pour mesurer l'échelle, il suffit de regarder une petite fédération : celle du Togo tire environ 30 % de son budget de la FIFA.

Le vrai sujet qu'Eto'o met en avant n'est cependant pas comptable, c'est la fuite des talents. Il parle d'un plan de redistribution aujourd'hui gelé, qu'il veut voir rouvert : « Cela aurait rééquilibré les rapports de force dans le football pour que notre talent ne disparaisse pas et finisse par jouer pour d'autres nations. » Sa formule choc résume tout : « J'aimerais voir Mbappé jouer pour le Cameroun. » Derrière la provocation, une réalité que chaque génération répète depuis des décennies — les meilleurs binationaux du continent choisissent l'Europe, et l'Afrique forme un vivier qu'elle ne garde pas.

C'est dans cette logique que s'inscrit le projet d'un championnat panafricain de 20 à 24 clubs, deux équipes maximum par pays, en parallèle des ligues nationales — ce qu'Infantino a lui-même qualifié de « véritable révolution du football africain ». L'idée : donner aux clubs africains une vitrine et des revenus capables de retenir les joueurs plutôt que de les vendre à seize ans. Sa faisabilité peut se discuter. Le problème qu'il vise, lui, ne se discute pas.

Eto'o n'y appose pas non plus un chèque en blanc. Il juge que ceux qui ont attaqué le plan « n'ont pas lu correctement ce dont il s'agit », et réclame sa réécriture plutôt que son enterrement. C'est précisément cette nuance qui distingue le soutien lucide de la loyauté aveugle : défendre l'homme qui, pour l'instant, fait circuler l'argent vers le Sud, tout en exigeant que cet argent circule mieux, avec transparence et contrôle réel.

Sous cette prise de position se cache une question plus simple qu'elle n'y paraît. L'alternative à Infantino n'est pas un meilleur modèle pour l'Afrique : c'est une restauration menée par l'UEFA, où le continent repasserait à cinq places mondiales et à la sébile tendue. Les confédérations qui réclament sa tête sont précisément celles qui perdent du pouvoir relatif quand le gâteau se repartage autrement. Qu'un Africain le rappelle publiquement n'a rien d'un scandale : c'est le signe que le continent a, pour une fois, quelque chose de concret à défendre dans ce bras de fer.

Un siècle durant, l'Afrique a produit le football du monde sans jamais peser sur sa gouvernance. Le pari d'Eto'o tient en une phrase : un allié imparfait qui a fait bouger les lignes vaut mieux qu'une pureté de principe qui, elle, n'a jamais rien changé au rapport de force. On peut juger le calcul cynique. Il est en tout cas difficile de dire qu'il repose sur du vide.

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