Le 22 et le 23 juin 2026, le tribunal militaire de Yaoundé a de nouveau ouvert le dossier de l’assassinat de l’animateur radio Martinez Zogo, trois ans après le drame qui a secoué la capitale. Le procès, suivi de près par la société civile, se poursuit dans un climat de tension palpable, chaque nouvelle audition alimentant les débats sur la transparence de la justice camerounaise.
Le témoin principal de ces deux journées, Jean‑Pierre Eloumou, expert en cybercriminalité, a expliqué son mandat : exploiter les téléphones de la victime et de plusieurs prévenus afin de reconstituer les échanges numériques. Au cours de sa déposition, il a souligné une « relation assidue » entre Zogo et Ferdinand Ngoh Ngoh, le secrétaire général de la présidence, suggérant que l’animateur était régulièrement en contact avec le plus haut fonctionnaire de l’État.
Cette révélation soulève des questions cruciales. Martinez Zogo, connu pour ses émissions d’investigation, était souvent perçu comme un porte‑voix des dénonciations contre le pouvoir. Un lien étroit avec le secrétaire général pourrait indiquer une proximité inhabituelle pour un journaliste d’investigation, voire une forme de protection ou d’influence qui aurait pu jouer un rôle dans les événements qui ont conduit à son assassinat.
L’expert a toutefois adopté un ton ambigu. Après avoir détaillé les communications, il a déclaré que trois des prévenus – le magnat des médias Jean‑Pierre Amougou Belinga, son collaborateur de l’époque Bruno Bidjang, et l’ancien directeur des renseignements extérieurs – ne pouvaient être mis en cause sur la base des preuves numériques. Cette exonération, annoncée sans justification détaillée, laisse le public dans l’attente d’une explication plus précise et alimente les spéculations sur d’éventuels jeux de pouvoir en coulisses.
Dans le contexte camerounais, où les luttes de clans au sein de l’élite politique sont souvent évoquées, le témoignage d’Eloumou apparaît comme un éclairage sur une dynamique interne complexe. Si les téléphones révèlent des contacts fréquents, ils n’établissent pas nécessairement une complicité directe, mais ils suggèrent que Zogo était pris dans un maillage de relations qui dépasse le simple cadre professionnel.
La population n’a pas tardé à réagir. Le 21 janvier 2026, une banderole en hommage à Martinez Zogo a été hissée à l’entrée de la radio Amplitude FM, à Yaoundé, rappelant la persistance du souvenir du journaliste parmi les auditeurs. Cette manifestation symbolique, capturée par la photo de Richard Onanena pour RFI, témoigne d’une volonté collective de ne pas laisser le meurtre s’effacer dans les annales.
Alors que le tribunal militaire poursuit son examen des pièces, l’enjeu dépasse la simple résolution d’un meurtre. Le déroulement du procès pourra soit renforcer la confiance des Camerounais dans l’institution judiciaire, soit alimenter le sentiment d’impunité qui gangrène déjà le débat public. Les prochains jours seront décisifs pour déterminer si la justice pourra réellement trancher les zones d’ombre révélées par les analyses numériques d’Eloumou.




