Samedi après‑midi, le calme habituel du Logone‑et‑Chari a été brisé par des coups de feu et des cris, alors que des habitants des villages de Tchaboka et d'Abdjakoua s’affrontaient au sujet d’une parcelle de terre. Au moins quatre personnes ont perdu la vie, et plusieurs autres ont été blessées, selon les autorités locales qui ont publié leurs premiers constats lundi matin, le 7 juillet 2026.
Le déclencheur de la violente altercation serait une opération de délimitation foncière conduite par les services municipaux, sous la supervision du maire de Goulfey, Barka Mahamat. Ce dernier a indiqué que les travaux de repérage, censés clarifier les limites de propriétés, ont suscité la méfiance des populations, déjà sensibles aux questions de possession et d’accès aux ressources agricoles.
L’Extrême‑Nord, région frontalière et majoritairement pastorale, connaît depuis longtemps des tensions liées à la terre. Les frontières traditionnelles, parfois floues, se heurtent aux exigences d’un État qui cherche à formaliser les titres fonciers pour favoriser l’investissement et la sécurité juridique. Dans un contexte où la croissance démographique et les déplacements climatiques accentuent la pression sur les parcelles cultivables, les différends se transforment rapidement en conflits ouverts.
Pour les familles endeuillées, la perte de proches représente une tragédie irréversible, mais aussi une source d’insécurité alimentaire et de déplacement. Les blessés, transportés d’urgence vers les centres de santé de la préfecture, soulignent la fragilité du système de santé local, déjà sous‑chargé par les besoins quotidiens de la population. Le choc psychologique laisse également des cicatrices durables, alimentant la méfiance envers les autorités.
Les responsables de la sécurité régionale ont réagi en déployant des forces supplémentaires dans le secteur, afin de prévenir une escalade. Le préfet du Logone‑et‑Chari a appelé à la retenue et à la résolution pacifique du différend, rappelant que la loi prévoit des mécanismes de médiation foncière. Cependant, la confiance des habitants envers ces procédures reste à gagner, surtout lorsqu’elles sont perçues comme imposées sans concertation préalable.
Ce drame met en lumière les défis que doit relever le gouvernement camerounais pour concilier la nécessité d’une cartographie foncière fiable avec le respect des coutumes locales. Un échec à instaurer un dialogue inclusif risque de freiner les projets de développement, d’attirer davantage d’investissements et de compromettre la stabilité d’une zone déjà vulnérable aux infiltrations de groupes armés. La communauté internationale, attentive aux dynamiques sécuritaires du Sahel, suit de près l’évolution de la situation.
Alors que le pays consolide son modèle bicaméral issu de l’élection de 2025, la question demeure : comment transformer ces épisodes de violence en opportunités de réconciliation ? Les autorités devront renforcer les structures de médiation, impliquer les chefs traditionnels et garantir une transparence totale des processus de délimitation. Seule une approche participative pourra restaurer la confiance et éviter que d’autres drames ne se répètent dans les villages du Nord.




