La RN3 n’est pas une route. C’est une veine ouverte. Chaque jour, des milliers de Camerounais y jouent leur vie, tandis que des camions et cars s’y garent comme sur un parking de supermarché. 35 accidents en trois mois — un bilan qui devrait faire honte, pas juste alerter. Pourtant, le ministère des Transports (MINT) choisit la méthode douce : sensibilisation, caravanes, et contrôles éphémères. Comme si un pansement pouvait guérir une hémorragie.
Le problème n’est pas le manque de volonté des conducteurs, mais l’absence criante d’alternatives. Où stationner quand les bas-côtés mal éclairés sont la seule option ? Le MINT pointe du doigt les « stationnements dangereux », mais omet de mentionner l’inexistence d’aires sécurisées sur cet axe vital. Pire : ces accidents ne sont pas que des drames humains. Ils coûtent cher — très cher. Une heure de bouchon sur la RN3, c’est des millions de FCFA perdus pour les entreprises, des denrées périssables jetées, des salaires amputés. L’économie camerounaise saigne par cette route, et personne ne semble pressé d’arrêter l’hémorragie.
Pour le citoyen lambda, cette situation est une double peine. D’abord, il risque sa vie chaque fois qu’il emprunte la RN3. Ensuite, il paie — via ses impôts — pour des campagnes de sensibilisation qui ne règlent rien. Le MINT a raison sur un point : les sanctions doivent être renforcées. Mais sans infrastructures adaptées, ces mesures ressemblent à de la répression pure. Où sont les parkings sécurisés promis depuis des années ? Où est l’investissement public pour désengorger cette artère ? Le Cameroun mérite mieux que des opérations cosmétiques.
La RN3 est un miroir tendu au pays. Elle reflète notre capacité — ou notre incapacité — à penser le développement de manière structurelle. Tant que l’État camouflera son inaction derrière des campagnes médiatiques, les Camerounais continueront de payer le prix fort. En vies humaines, et en argent sonnant.




