La Société sucrière du Cameroun (Sosucam), créée en 1964, est un acteur majeur de la production sucrière en Afrique centrale. Elle emploie directement plus de 3 000 personnes et contribue significativement à l'économie rurale du pays, notamment dans les régions de Nkoteng et Mbandjock.
Depuis plusieurs années, le gouvernement camerounais a engagé un processus de privatisation partielle de la Sosucam, dans le cadre de sa stratégie de modernisation des entreprises publiques. Cependant, ce processus suscite des interrogations croissantes parmi les observateurs économiques et les acteurs du secteur.
Shanda Tonme, économiste et consultant, a adressé une lettre au Premier ministre du Cameroun, Joseph Dion Ngute, pour exprimer ses préoccupations concernant la cession de la Sosucam. La lettre de Shanda Tonme met en avant des « graves interrogations » relatives à la transparence et aux conditions de la cession de la Sosucam. La Sosucam est l'un des principaux producteurs de sucre au Cameroun, avec une capacité de production annuelle de plus de 100 000 tonnes. Le processus de cession de la Sosucam s'inscrit dans le cadre des réformes économiques du gouvernement visant à attirer des investisseurs privés. Aucun détail officiel n'a été communiqué sur les termes financiers ou les acquéreurs potentiels de la Sosucam à ce jour.
La lettre de Shanda Tonme surgit alors que la méfiance envers les processus de privatisation s'intensifie en Afrique centrale. Les expériences passées, notamment dans les secteurs miniers et énergétiques, ont souvent été marquées par un manque de transparence et des accusations de sous-évaluation des actifs publics.
Pour le Cameroun, la Sosucam représente bien plus qu'une simple entreprise : elle est un pilier de l'économie rurale et un employeur clé dans des régions souvent négligées par les investissements privés. Une cession mal maîtrisée pourrait avoir des répercussions sociales et économiques majeures, notamment en termes d'emplois et de sécurité alimentaire.
Cette intervention souligne également le rôle croissant des intellectuels et économistes africains dans le débat public. Shanda Tonme, par son statut et sa crédibilité, donne une visibilité accrue à des questions souvent reléguées au second plan par les autorités.
Si les préoccupations soulevées par Shanda Tonme ne sont pas prises en compte, le Cameroun risque de voir se reproduire des scénarios de privatisation controversés, similaires à ceux observés dans d'autres pays africains. Cela pourrait décourager les investisseurs sérieux et nuire à la réputation du pays en matière de gouvernance économique.
À plus long terme, une cession opaque de la Sosucam pourrait fragiliser la filière sucrière nationale, avec des conséquences sur les prix et la disponibilité du sucre pour les consommateurs. Pour les acteurs locaux, notamment les petits producteurs et les employés, cela pourrait se traduire par des pertes d'emplois et une précarisation accrue.
La lettre de Shanda Tonme au Premier ministre camerounais rappelle l'importance de la transparence et de la rigueur dans les processus de privatisation. Alors que le Cameroun cherche à attirer des investissements étrangers, la gestion de dossiers comme celui de la Sosucam sera un test crucial pour sa crédibilité économique. Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si ces interrogations seront prises au sérieux ou reléguées au rang de simples polémiques.




