Le 26 juin dernier, Owona Nguini a déversé sur les ondes une série d’accusations contre le président Paul Biya, insinuant même sa mort imminente. Cette tirade a inondé la boîte de réception d’Armand Djaleu, journaliste pour le quotidien panafricain, qui a choisi de répondre publiquement le 29 juin, dans une tribune qui se veut à la fois défense et mise en garde.
« Spéculer sur la mort des chefs d’État fait partie de mon métier », écrit le rédacteur, rappelant que la liberté d’investigation implique parfois de s’aventurer dans l’incertain. Il souligne que, pour les « vrais journalistes », rien n’est sacré, et que la rédaction de nécrologies avant le décès d’une personnalité n’est pas un mythe mais une pratique reconnue dans les milieux de la presse.
Il cite à ce propos l’exemple de François Mitterrand, dont les journalistes étaient qualifiés de « Chiens » par le président lui‑même, illustrant ainsi la longue tradition où le pouvoir et la presse entretiennent une relation de tension, parfois violente. Cette référence historique sert à placer la polémique actuelle dans un cadre plus large, où la critique et la provocation sont des outils de contrôle et de contre‑puissance.
Dans le contexte camerounais, où la sécurité de l’État reste très sensible, le journaliste avertit que la « meute » qui guette les personnalités publiques peut se manifester sous forme de pressions, voire de représailles. Il évoque la possibilité que les « zélotes de la sphère sécuritaire » puissent intervenir, rappelant ainsi les risques concrets que court tout professionnel qui s’aventure à questionner la santé d’un chef d’État.
L’auteur se demande à qui s’adresse réellement la diatribe de Nguini, suggérant que le discours pourrait viser les « supremacistes Ekangs », un groupe politique qui, selon lui, manipule les concepts inflammables pour semer le trouble. Cette interrogation ouvre la porte à une sociographie du public cible, celui qui consomme et diffuse les rumeurs comme armes idéologiques.
Au cœur du débat se trouve la question de l’éthique journalistique : jusqu’où la spéculation peut‑elle être justifiée avant de basculer dans la diffamation ? Le texte insiste sur la nécessité d’un équilibre entre le devoir d’informer et le respect de la dignité humaine, surtout lorsqu’il s’agit de la santé d’un dirigeant dont la stabilité du pays dépend de la perception publique.
Djaleu appelle à un dialogue plus ouvert entre les médias et les institutions, afin que la liberté d’expression ne devienne pas un prétexte à la désinformation. Il propose que les journalistes, tout en conservant leur rôle de vigie, adoptent des garde‑fous internes pour éviter de nourrir des rumeurs qui pourraient déstabiliser la société camerounaise.




