Le 29 juin 2026, le débat autour des stades de Garoua atteint son paroxysme : Ben Modo, dirigeant de Prime Potomac, a envoyé une lettre sans détour au ministre des Sports, Professeur Narcisse Mouelle Kombi, pour annoncer qu’il dispose d’un financement privé capable de relancer les travaux dès le 15 juillet et de les boucler avant le 31 décembre 2026, sans aucune avance de l’État.
Cette annonce tranche avec la longue période d’inactivité qui débute en 2021, lorsque les chantiers ont été paralysés par des retards de paiement répétés de la part du maître d’ouvrage public. Les jeunes de Garoua, qui attendent depuis des années des installations sportives promises, voient enfin une lueur d’espoir, mais aussi un nouveau conflit de pouvoir entre le secteur privé et les autorités gouvernementales.
Prime Potomac, adjudicataire du projet, accuse le ministre de vouloir exploiter le nom de son entreprise comme prétexte pour siphonner de l’argent des caisses de l’État. « Il veut se servir de mon entreprise pour sortir de l’argent public », déclare Ben Modo dans sa correspondance, soulignant une méfiance grandissante envers les pratiques administratives qui ont laissé le chantier dans un silence assourdissant.
L’analyse de Shance Lion, publiée dans le même numéro, décrit la lettre comme une « mise en demeure » déguisée, où chaque mot résonne comme une accusation ouverte. Il rappelle que les stades sont devenus le symbole d’un chantier qui « n’en finit pas de ne pas finir », et que la rupture de l’omerta par Prime Potomac pourrait déclencher une série de réponses juridiques et financières de la part du ministère.
Pour les habitants de la région, la perspective d’une livraison avant la fin d’année revêt une importance concrète : des terrains de football et d’athlétisme prêts à accueillir les compétitions locales, des emplois temporaires pendant la phase de reprise, et un signal fort que le Cameroun peut mobiliser des capitaux privés pour combler les lacunes de l’État. Le risque, cependant, reste la capacité de Prime Potomac à tenir ses engagements sans le soutien budgétaire habituel du gouvernement.
Le ministre, quant à lui, a réagi par une mise en demeure officielle, rappelant les obligations contractuelles de l’entreprise et les exigences de transparence financière. Cette réponse laisse entrevoir une escalade juridique qui pourrait retarder davantage le calendrier annoncé, à moins qu’un accord de compromis ne soit trouvé entre les deux parties.
Alors que le pays se prépare à d’autres grands projets d’infrastructure, le cas des stades de Garoua illustre le dilemme entre dépendance à l’État et initiative privée. Si Prime Potomac parvient à livrer les installations à la date promise, il pourrait ouvrir la voie à d’autres investisseurs prêts à combler les vides laissés par des procédures administratives lentes. Dans le cas contraire, le projet risque de devenir un nouveau rappel douloureux des promesses non tenues qui hantent le secteur sportif camerounais.




