Le 14 juillet 2026, le Journal du Cameroun a relayé une prise de position virulente : « Des universitaires camerounais sont animés par la peur et l’égoïsme ». Cette affirmation, issue d’un texte de Jean Lambert Nang intitulé « Mieux vaut un âne qu’un agrégé », soulève immédiatement une question cruciale : que cache‑t‑on derrière ce constat ?
Premièrement, la peur évoquée ne se limite pas à une appréhension individuelle. Elle s’inscrit dans un climat institutionnel où les réformes, les pressions politiques et les incertitudes budgétaires créent un climat d’incertitude. Les chercheurs, souvent dépendants de financements publics, peuvent hésiter à aborder des thématiques sensibles, craignant des répercussions. Cette retenue freine l’innovation et la production de connaissances essentielles au développement du pays.
Ensuite, l’égoïsme reproché aux universitaires se manifeste, selon l’auteur, par une priorité accordée aux intérêts personnels – promotions, publications à outrance – au détriment de la mission sociale de l’université. Cette critique rejoint un débat plus large sur la gouvernance académique : la quête de reconnaissance internationale peut parfois occulter les besoins locaux, comme la formation de techniciens adaptés aux secteurs clés de l’économie camerounaise.
Le texte de Nang, bien que polémique, met en lumière un problème structurel : la dissociation entre les sciences dures et les sciences humaines. Le journaliste rappelle qu’il faut distinguer à l’université les « sciences dures », souvent perçues comme plus directement utiles, des disciplines jugées plus abstraites. Cette fracture alimente le sentiment que certaines filières sont « inutilement » financées, renforçant la perception d’un manque de pertinence.
Les conséquences pour les étudiants et la société sont tangibles. Un climat de peur peut conduire à une moindre participation aux projets de recherche appliquée, limitant les opportunités d’emploi pour les jeunes diplômés. De plus, l’accent mis sur l’égoïsme individuel risque d’éroder la solidarité académique, essentielle pour la création de réseaux de recherche capables de répondre aux défis nationaux, comme la santé publique ou la transition énergétique.
Face à ces constats, plusieurs pistes d’amélioration se dessinent. D’abord, une meilleure transparence dans l’allocation des ressources universitaires pourrait réduire les tensions et encourager une culture de responsabilité collective. Ensuite, le renforcement des partenariats tripartites – État, secteur privé et universités – offrirait des cadres de financement plus stables, limitant la dépendance aux subventions volatiles. Enfin, la valorisation des projets à impact local, même dans les disciplines perçues comme « théoriques », permettrait de réconcilier excellence académique et pertinence sociétale.
En définitive, le débat lancé par le Journal du Cameroun ne doit pas se réduire à une simple diatribe contre les universitaires. Il s’agit d’un appel à repenser le rôle de l’enseignement supérieur dans un pays en pleine mutation. Si la peur et l’égoïsme sont des réalités à adresser, ils peuvent devenir les moteurs d’un renouveau institutionnel, à condition que les acteurs – autorités, corps professoral et étudiants – s’engagent dans un dialogue constructif orienté vers l’avenir.




