Le 29 juin 2026, le paysage politique camerounais se trouve à nouveau sous les projecteurs. Un article du quotidien parisien Jeune Afrique, publié le 22 juin, révèle que la question de la succession du président Paul Biya se cristallise autour de deux figures que l’on désigne parfois comme ses « fils ». Après le nom de Franck Biya, déjà évoqué comme possible héritier, un autre proche du chef de l’État apparaît dans les coulisses, prêt à consolider son influence.
Louis Paul Motaze, cousin de Franck Biya, est présenté comme un fils adoptif du président. Son lien de sang avec la famille Biya et son statut d’adopté le placent à la fois dans l’intime du pouvoir et dans la sphère publique, où son nom commence à circuler comme celui d’un successeur potentiel.
Selon le journaliste Albin Njilo, les élites du Sud – pilier incontournable de l’administration publique – auraient changé de cap, exprimant une réticence croissante à l’égard de la candidature de Franck Biya. Cette volte‑face, rapportée par Jeune Afrique, souligne le poids décisif des régions du Sud, où chaque nomination se mesure à l’acceptation des chefs locaux.
Le parcours de Motaze est un véritable manuel de l’ascension politique. D’abord directeur général de la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS), il a ensuite été nommé ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire. Après les ajustements gouvernementaux, il a occupé le secrétariat général de la Présidence (SGPR) avant de prendre les rênes du ministère des Finances. Cette série de postes, confirmée par plusieurs observateurs, le place comme l’homme le plus puissant après le président en termes de réseau.
Au-delà des titres, Motaze exerce un contrôle quasi total sur les médias. « Il contrôle la presse – pour preuve, citez un seul média qui le critique – », affirme un analyste. Sa domination s’étend aux chaînes télévisées et aux grands groupes d’affaires, surtout dans la région de l’Ouest, où il entretient des relations stratégiques avec les chefs traditionnels.
Parmi ses alliés figure le charismatique Nayang Toukam Innocent, décrit comme un pions clé. Grâce à son leadership, il a pu organiser des rencontres des chefs traditionnels d’Afrique, renforçant ainsi l’influence de Motaze au sein du pouvoir coutumier. Le gouverneur de l’Ouest, quant à lui, sollicite régulièrement le ministre pour des réunions sectorielles, témoignant d’une proximité institutionnelle rare.
Ces dynamiques soulèvent plusieurs questions pour le citoyen camerounais. D’une part, la concentration de pouvoir entre les mains d’un petit cercle familial pourrait accentuer la perception d’un régime de « népotisme ». D’autre part, la mobilisation des élites du Sud et des chefs traditionnels pourrait garantir une stabilité à court terme, mais risque de marginaliser les voix de la société civile et des régions du Nord.
Le scénario de succession reste, pour l’instant, une spéculation nourrie par des sources internes. Les prochains mois seront décisifs : les mouvements des partis, les réactions des organisations de la société civile et les décisions du président Paul Biya détermineront si Louis Paul Motaze deviendra réellement le visage de la prochaine ère politique. Les observateurs attendent avec impatience les premiers signes concrets.




