230 millions. C'est le nombre de femmes et de filles vivant aujourd'hui avec les conséquences d'une mutilation génitale, selon le rapport publié par l'UNICEF en mars 2024. Un chiffre qui n'a pas empêché l'émergence, ces derniers mois, d'un discours inattendu : celui qui cherche à banaliser cette pratique au nom de la culture ou de l'anticolonialisme.
Reconnue par les Nations Unies comme une violation grave des droits humains, la mutilation génitale féminine touche principalement une trentaine de pays africains, mais aussi le Yémen, le Kurdistan irakien et certaines communautés immigrées en Occident. Face à cette tentative de normalisation, des activistes — souvent jeunes — se mobilisent sur le continent pour rappeler ce que la pratique inflige réellement aux corps et aux vies des femmes concernées.
L'argument culturel ou anticolonial, aussi habile soit-il rhétoriquement, masque une réalité clinique difficile à euphémiser : des conséquences physiques et psychologiques durables, documentées depuis des décennies par la recherche médicale. L'ONU et l'UNICEF visent une éradication complète de la pratique d'ici 2030, à travers des programmes pluridisciplinaires déployés notamment en Guinée, où des initiatives locales accompagnent l'abandon définitif de l'excision.
Ce qui inquiète le plus les activistes n'est pas tant la persistance de la pratique elle-même — un combat de longue haleine, déjà connu — que la respectabilité nouvelle que certains tentent de lui offrir, sous couvert de résistance à un supposé impérialisme culturel occidental.
Pour le Cameroun, où la prévalence des mutilations reste préoccupante dans certaines régions, cette bataille rhétorique n'est pas qu'un débat lointain : elle détermine directement si les efforts de sensibilisation engagés depuis des années continueront à progresser, ou si un discours de normalisation viendra leur couper l'herbe sous le pied.




