Le sacre des Lionnes Indomptables à la CAN féminine 2026 n'est pas un accident isolé : il s'inscrit dans une présidence Eto'o entamée en décembre 2021, marquée par plusieurs chantiers de fond dont le grand public n'a pas toujours mesuré l'ampleur. Le plus emblématique d'entre eux vient d'ailleurs de trouver son épilogue, à quelques kilomètres du stade où les Lionnes se préparaient déjà pour le Maroc.
Le nouveau siège de la Fecafoot, dans le quartier Warda à Yaoundé, a en effet été inauguré le 13 mai 2026 en présence du président de la Confédération africaine de football, Patrice Motsepe. Un aboutissement loin d'être anodin : lancé en 2012 sous la présidence d'Iya Mohamed, le chantier avait été interrompu dès 2013 après l'arrestation de ce dernier, puis de nouveau à l'arrêt en 2018 sous Seidou Mbombo Njoya, empêtré dans un contentieux juridique avec l'entreprise Guimar. Il aura fallu attendre l'arrêt de la Cour d'appel du Centre, en juillet 2020, tranchant en défaveur de l'ancien contractant, puis un nouvel appel d'offres remporté par PAC International, pour que les travaux reprennent enfin sous l'impulsion de Samuel Eto'o, qui en avait fait une priorité dès son arrivée. Un dossier vieux de plus d'une décennie, définitivement refermé.
Sur le plan strictement footballistique, la fédération a également engagé une réforme longtemps réclamée par les acteurs du championnat national : l'instauration, en août 2026, d'une grille salariale minimale pour les clubs de l'Elite One et de l'Elite Two, avec une masse salariale plancher estimée à 5,1 millions de FCFA pour un effectif de 23 joueurs. La Fecafoot a par ailleurs conditionné le versement des subventions de l'État — 560 millions de FCFA débloqués pour le paiement des salaires — à la preuve, par les clubs, du règlement effectif de leurs joueurs. Autre changement notable : la fédération assume désormais directement la rémunération des sélectionneurs nationaux, mettant fin à une zone grise qui avait, par le passé, fragilisé plusieurs staffs techniques.
Tout n'est cependant pas résolu. Le syndicat national des footballeurs du Cameroun (Synafoc) a dénoncé l'absence de concertation autour de la nouvelle grille salariale, et plusieurs clubs, en délicatesse financière, ont menacé de se retirer du championnat plutôt que de s'y conformer. La réforme, aussi nécessaire soit-elle, avance donc dans la friction plus que dans le consensus — un rappel que la modernisation d'un championnat aux moyens limités ne se décrète pas du jour au lendemain.
À l'international, le Cameroun continue par ailleurs d'exporter des talents vers les plus grands championnats européens : Carlos Baleba, formé à Lille avant de s'imposer à Brighton, s'apprêtait cet été à rejoindre Manchester United pour un montant avoisinant les 70 millions d'euros ; Fred Ondoa Onambele signait son premier contrat professionnel avec l'ESTAC Troyes ; Franck Magri s'engageait avec Al-Gharafa au Qatar. Une visibilité croissante des joueurs camerounais qui, sans être uniquement le fruit de l'action fédérale, coïncide avec une période où la Fecafoot revendique une gestion plus rigoureuse de ses compétitions locales, vivier naturel de ces trajectoires.
Le sacre continental des Lionnes, avec à la clé une qualification directe pour la Coupe du monde féminine 2027, vient donc couronner un bilan contrasté mais réel : des chantiers structurels enfin menés à terme, une discipline financière imposée non sans résistance, et, pour la première fois, un titre majeur au palmarès de la fédération. De quoi rappeler à ceux qui, il y a encore quelques mois, doutaient que la présidence d'Eto'o puisse un jour se solder par un trophée, que le signe indien vient d'être brisé.
Reste à transformer cet élan en constance. La Fecafoot devra démontrer, dans les mois qui viennent, que cette victoire n'est pas un point d'arrivée mais un point d'appui — pour le football féminin comme pour l'ensemble d'un championnat national encore fragile, mais désormais engagé, de l'aveu même de ses acteurs, sur une trajectoire de reconstruction.




