Fin 2018, une campagne de financement participatif permet à Nathanaël Ejob de lancer *Anaki*, une bande dessinée qui allait devenir l’une des vitrines de la science-fiction camerounaise. L’histoire se déroule sur l’île fictive de Tazeti, où humains, créatures et machines coexistent — un monde que son créateur décrit comme une symbiose entre l’homme, la bête et la technologie.
Ejob a fondé Zebra Comics en 2016 à Buea, avec l’ambition de mettre la bande dessinée au service des cultures et valeurs africaines. Il raconte avoir grandi avec Batman et Superman, avant de réaliser que ces récits ne racontaient pas son monde — un déclic qui l’a poussé à inventer les siens, ancrés dans l’imaginaire africain plutôt que calqués sur les codes occidentaux.
Ejob revendique l’afrofuturisme comme un outil politique autant qu’esthétique : selon lui, la science-fiction ne sert pas seulement à s’évader vers un autre univers, mais à imaginer l’avenir du pays et à construire une conscience collective — la preuve que l’Afrique aussi peut inventer des mondes entiers.
Son travail a gagné en visibilité en 2019, lorsqu’il a signé l’affiche officielle de la 10ᵉ édition du festival Mboa BD, premier festival de bande dessinée d’Afrique centrale, lancé en 2010 à l’initiative du Collectif A3 et aujourd’hui présidé par Hervé Noutchaya.
Cette reconnaissance s’inscrit dans un mouvement plus large : une génération de créateurs africains qui refusent de laisser la science-fiction aux seuls studios occidentaux ou asiatiques, et qui reconstruisent l’imaginaire technologique du continent à partir de ses propres mythes.
Pour les jeunes lecteurs camerounais, cela change la donne : ils peuvent désormais se reconnaître dans des héros locaux, capables de tenir tête aux figures internationales de la pop culture — un premier pas vers une industrie de la bande dessinée plus structurée sur le continent.
Zebra Comics continue de développer son catalogue depuis Buea, à contre-courant d’un secteur encore largement dominé par les productions étrangères. Reste que ces trajectoires demeurent minoritaires : sans davantage de soutien structurel — financement, distribution, formation —, l’afrofuturisme camerounais restera un mouvement de pionniers plutôt qu’une industrie à part entière.




