Bamako, Paris, New York : c'est entre ces trois villes que Rokia Traoré a enregistré « Né So », son sixième album, sorti en 2016 et devenu depuis une référence incontournable de la world music africaine. Dix ans après sa sortie, l'œuvre n'a rien perdu de sa capacité à surprendre.
Le titre, qui signifie « chez soi » en bambara, résume tout l'ambition du disque : ancrer une musique profondément malienne dans un langage universel. Suite à « Beautiful Africa » (2013), son cinquième album, « Né So » pousse plus loin l'exploration entre traditions africaines et influences occidentales, intégrant jazz, blues et références à la littérature afro-américaine — notamment à l'œuvre de Toni Morrison.
Le ngoni, instrument emblématique d'Afrique de l'Ouest, y dialogue avec des harmonies inspirées de Billie Holiday et Led Zeppelin, deux références que Rokia Traoré cite explicitement parmi ses inspirations. Le résultat dépasse le simple exercice de fusion : c'est une déclaration artistique à part entière, qui transcende les catégories habituelles du genre.
Ce qui frappe encore aujourd'hui, c'est la capacité du disque à parler à la fois aux mélomanes africains et à un public international sans jamais sacrifier l'un pour l'autre — un équilibre que peu d'albums de world music parviennent à tenir sur la durée.
Une décennie plus tard, « Né So » reste une référence pour toute une génération d'artistes africains cherchant à marier instruments traditionnels et productions contemporaines, la preuve qu'une œuvre ancrée dans ses racines peut voyager loin sans jamais les renier.




