Le 29 avril 2026 à Vancouver, à la veille du 76e Congrès de la FIFA, les 54 fédérations membres de la Confédération africaine de football, réunies sous la présidence de Patrice Motsepe, ont annoncé soutenir à l'unanimité la réélection de Gianni Infantino à la tête de la FIFA pour le mandat 2027-2031. Le vote effectif n'aura lieu qu'au 77e Congrès, à Rabat, le 18 mars 2027 — la CAF a donc arrêté sa position près d'un an avant l'échéance.
Le calcul pèse lourd. Avec l'Asie, qui a fait de même de son côté (47 voix), l'Afrique verrouille déjà 101 voix sur les 211 fédérations que compte la FIFA — à quelques dizaines d'une majorité. Dans une organisation où chaque pays, du plus petit au plus grand, dispose d'une seule voix, c'est le bloc africain, et lui seul, qui aurait pu dicter ses conditions.
Or Infantino traverse la période la plus contestée de son mandat depuis 2016. Plusieurs fédérations européennes — Allemagne, Norvège, Suède — ont publiquement annoncé qu'elles ne le soutiendraient pas, invoquant des inquiétudes de gouvernance : fin juillet 2026, sous la pression d'un boycott menacé par l'UEFA, Infantino a dû abandonner « FIFA Forward Enterprise », un projet de filiale commerciale valorisée 20 milliards de dollars qui aurait ouvert jusqu'à 20 % du capital des futures Coupes du monde à des investisseurs privés emmenés par l'homme d'affaires américain Joshua Kushner ; s'y ajoute la remise très commentée du premier « Prix de la paix » de la FIFA à Donald Trump lors du tirage au sort de la Coupe du monde 2026, en décembre.
Face à ces zones d'ombre, la CAF n'a posé aucune condition publique. Interrogé en juillet sur ce choix, Patrice Motsepe a préféré le registre personnel à celui de la négociation : « Ce n'est pas seulement un bon ami. C'est un ami loyal. Il est loyal envers l'Afrique. Je viens d'un milieu où, quand quelqu'un vous a été loyal, on ne le poignarde jamais dans le dos. » Une fidélité assumée — mais la loyauté n'est pas une stratégie de négociation : c'est un cadeau, et un cadeau offert un an à l'avance ne pèse plus rien le jour où il faut réclamer quelque chose en retour.
Il faut dire qu'Infantino a des arguments à faire valoir. Selon les chiffres avancés par la FIFA elle-même, le programme FIFA Forward a injecté 1,08 milliard de dollars dans les 54 fédérations africaines depuis 2016, et le continent alignera un nombre historique d'équipes — neuf, voire dix — à la Coupe du monde 2026, contre cinq lors des éditions précédentes. La FIFA promet même, pour le cycle 2027-2030, un programme de développement de 20 millions de dollars par fédération membre — séduisant, mais encore à l'état de promesse de campagne, pas d'engagement signé.
C'est précisément ce qui interroge dans le calendrier choisi par la CAF : avoir arrêté sa position avant même que ce programme ne soit acté noir sur blanc, plutôt que de conditionner ses 54 voix à sa mise en œuvre effective. La facture, elle, arrivera après mars 2027 — quand un président réélu sans opposition sérieuse n'aura plus aucune raison de négocier avec ceux qui l'ont déjà soutenu sans rien exiger.




