LLV LE MAG
Afrique·Diaspora·11 juil. 2026, 20:51

«Ya Rayah» : l’hymne qui a traversé les frontières de l’exil algérien

Le premier épisode de la deuxième saison de «Des refrains pour l’Histoire» revient sur «Ya Rayah», le chant qui a marqué des générations d’exilés algériens en France, et explore son impact sur les diasporas africaines.

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Illustration éditoriale pour «Ya Rayah» : l’hymne qui a traversé les frontières de l’exil algérien

En ce début d’été 2026, la deuxième saison de «Des refrains pour l’Histoire» revient sur les ondes de RFI Musique, et le premier épisode s’attache à «Ya Rayah», le chant qui a fait vibrer des générations d’exilés algériens en France. Ce morceau, né dans les ruelles du quartier Barbès, incarne la douleur du départ et l’espoir d’un retour, rappelant que la musique peut devenir le fil d’Ariane d’une communauté en errance.

Nous sommes à Paris, au début des années 1970, dans un de ces cafés du quartier Barbès où les ouvriers algériens aiment se retrouver. On y joue aux cartes, au loto, on y échange des nouvelles du pays. Certains jours, un musicien surgit : Dahmane El Harrachi, mandole à la main, habitué à écrire des chansons sur le quotidien de ces travailleurs immigrés.

El Harrachi, né à Oran en 1926, a puisé dans la vie des migrants la matière de ses mélodies. Sa voix grave, portée par la mandole, raconte les longues heures de chantier, les séparations familiales, les rêves d’une terre lointaine. «Ya Rayah» se distingue par son refrain plaintif, où le voyageur s’adresse à la mort ou à la fuite, questionnant le sens du déracinement.

Le texte, simple mais chargé, évoque le départ («Ya rayah, ya rayah, wla wla…») comme un appel à la liberté et à la résilience. Cette dualité a trouvé un écho immédiat parmi les Algériens installés à Paris, transformant la chanson en un cri collectif, un repère identitaire qui dépasse les frontières du quartier pour toucher toute la diaspora nord‑africaine.

Pour le lecteur camerounais, le parcours de «Ya Rayah» rappelle que l’exil n’est pas un phénomène isolé. Les migrants camerounais qui rejoignent les métropoles européennes vivent des expériences similaires : travail précaire, nostalgie du pays, besoin d’un chant qui consigne leur histoire. La chanson devient ainsi un miroir où chaque diaspora africaine peut se reconnaître, renforçant le sentiment d’appartenance à une communauté plus vaste.

Cette capacité de la musique à figer la mémoire collective n’est pas nouvelle. De la rumba congolaise aux chants de griots sénégalais, les mélodies ont toujours servi de chroniques vivantes. «Ya Rayah» s’inscrit dans cette tradition, offrant aux jeunes africains d’aujourd’hui un accès immédiat à une page d’histoire, sans passer par les manuels scolaires.

Alors que les plateformes numériques multiplient les voix, il est crucial de préserver ces refrains qui racontent les luttes et les espoirs des migrants. RFI Musique, en relançant «Des refrains pour l’Histoire», propose une passerelle entre passé et présent, invitant chaque auditeur à écouter, à partager, à faire vivre la mémoire. Le futur de la culture africaine passe par la reconnaissance de ces chants qui, comme des phares, guident les errances.

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