Le quartier Mokolo, à Bertoua, a connu un attroupement inhabituel le 1er septembre : un homme s'est présenté devant un centre de réveil chrétien accompagné de ses cinq enfants, bien décidé à en repartir avec son épouse. Selon les premiers témoignages recueillis sur place, la femme fréquentait assidûment ce lieu de culte depuis environ quatre mois.
L'homme accuse l'influence exercée sur sa femme par le responsable religieux de la communauté, présenté comme le « prophète » Ngando Robert. Le rassemblement provoqué par la scène a rapidement attiré les curieux du voisinage, sans qu'aucune intervention des forces de l'ordre ne soit rapportée.
Rien, à ce stade, ne permet de trancher : les accusations portées contre le responsable religieux restent à établir, et la version de l'épouse elle-même n'a pas été recueillie. L'histoire, telle que racontée pour l'instant, ne dit que ce qu'en dit le mari.
L'épisode tombe à un moment particulier. Deux mois plus tôt, début juillet, le ministre de l'Administration territoriale Paul Atanga Nji avait annoncé la fermeture prochaine de 1400 églises de réveil à travers le pays, pour des irrégularités administratives persistantes — une offensive lancée quelques jours après le meurtre d'une fillette de 11 ans à Yaoundé, dont l'auteur présumé se réclamait de l'influence d'un chef religieux.
Bertoua n'a rien inventé : la presse camerounaise rapporte régulièrement ce type de différend familial né dans l'orbite d'une église de réveil, du conjoint qui se sent dépossédé au couple qui explose sous l'effet d'un gourou autoproclamé. Le cas du Mokolo n'en est, pour l'instant, qu'un de plus.
Reste que l'incident illustre très concrètement ce que visait Paul Atanga Nji en juillet : ce n'est pas la foi elle-même qui pose problème aux autorités, mais la zone grise administrative dans laquelle prospèrent des centaines de ces communautés, avec son lot de litiges familiaux difficiles à démêler une fois que la police ou la presse s'en mêle.




