Cinquante féminicides ont été recensés au Cameroun entre janvier et avril 2026, selon les chiffres présentés par le ministère de la Promotion de la femme et de la famille (Minproff) à l'Assemblée nationale le 19 juin 2026. Sur la même période, 1 599 cas de violences basées sur le genre ont été documentés, dont 166 viols.
Les décomptes de la société civile et des médias, actualisés jusqu'à fin août, vont plus loin : plus de 60 femmes auraient été tuées depuis le début de l'année, un rythme qui s'inscrit dans une tendance déjà lourde — 50 féminicides en 2023, 67 en 2024, 77 en 2025, soit une hausse de 54 % en deux ans.
Sur ce terrain, le cadre légal reste en retard sur la réalité. Un projet de loi spécifique contre les violences basées sur le genre est en préparation depuis 2023 ; un atelier de validation technique s'est tenu en février 2026, mais le texte n'a toujours pas franchi l'étape du dépôt à l'Assemblée nationale.
Les organisations de défense des droits des femmes réclament un cadre juridique dédié, estimant que le droit pénal existant ne qualifie pas spécifiquement le féminicide et ne permet donc pas d'en mesurer ni d'en sanctionner l'ampleur réelle.
L'écart entre les chiffres officiels et ceux de la société civile illustre lui-même un problème de fond : l'absence d'un système de recensement centralisé et obligatoire, qui laisse chaque acteur — ministère, associations, médias — produire sa propre estimation.
Tant que le projet de loi n'est pas transmis au Parlement, les collectifs continueront de documenter ces morts un à un, faute d'outil juridique et statistique commun pour les prévenir.




