Au Sénégal, les soirées reggae « sound system » ont longtemps été marginalisées, associées à des stéréotypes religieux et moraux. Nées dans les années 1990 sous l'impulsion de l'animateur Cheikh Amala Doucouré, elles connaissent depuis les années 2020 un regain d'intérêt porté par les réseaux sociaux, attirant un public bien plus large — des jeunes aux cadres d'entreprise.
Cette effervescence n'est pas qu'un phénomène de mode : les sound systems diffusent des messages de résistance et d'unité africaine hérités de la culture rasta, réinterprétés avec une touche locale, transformant chaque soirée en espace de dialogue intergénérationnel.
L'histoire de « Malaika » raconte une autre circulation, plus ancienne. Apparue dans les années 1960, la chanson est revendiquée par plusieurs pays — le Kenya (Fadhili Williams), la Tanzanie (Adam Salim), la RDC (Édouard Masengo). Miriam Makeba l'a fait connaître à l'échelle continentale après l'avoir découverte via des musiciens congolais comme Grand Kalle. Que la mélodie soit née à Nairobi, Dar es Salaam ou Kinshasa importe moins que ce qu'elle révèle : une époque où les artistes circulaient librement entre l'Afrique de l'Est et l'Afrique centrale, malgré les frontières coloniales.
Pour le Cameroun, berceau de la musique moderne africaine grâce à des figures comme Manu Dibango, cette dynamique panafricaine reste un levier largement sous-exploité — entre festivals locaux et plateformes de connexion entre professionnels du continent et de la diaspora, comme l'ACCES (African Creative Conference and Showcase).




