Un vote sans suspense mais à forte charge symbolique. Le mercredi 2 septembre 2026 à Douala, Geremi Njitap a été reconduit à la présidence du Syndicat national des footballeurs camerounais (Synafoc) : 143 voix, aucun bulletin blanc ni nul, liste unique. Un troisième mandat consécutif s’ouvre, pour la période 2026-2030.
Seul problème : l’homme dirige un syndicat que la Fecafoot ne reconnaît plus. Réunie en assemblée générale les 15 et 16 novembre 2024, la fédération a rompu ses liens institutionnels avec le Synafoc et transféré la représentation des joueurs à une structure concurrente, l’Association nationale des footballeurs camerounais (ANFC). Le recours du Synafoc a été rejeté par le Tribunal arbitral du sport le 9 mars 2026, qui a confirmé le retrait d’accréditation.
Ce bras de fer institutionnel prend racine dans une sanction disciplinaire. La Fecafoot, présidée par Samuel Eto’o, a infligé cinq ans de suspension à Njitap après un incident survenu dans les vestiaires des Lions indomptables à Bouaké, en marge d’un Cameroun-Gambie de la CAN 2023 disputée en Côte d’Ivoire début 2024 : un accès sans accréditation officielle, puis un accrochage avec le protocole présidentiel, selon la version fédérale. Le secrétaire général du syndicat, Daniel Blaise Ngos, a lui écopé de deux ans de suspension et d’une amende de cinq millions de FCFA.
Le bureau réélu autour de Njitap conserve pour l’essentiel une ossature d’anciens internationaux : Eyong Enoh en premier vice-président, Eugène Ekeke en second, Aurélien Chedjou en troisième. Ngos garde le secrétariat général malgré sa propre suspension, Charles Léa Eyoum le poste de trésorier ; la Guinness Super League féminine et les clubs professionnels disposent chacun d’un représentant.
Pour un joueur camerounais en litige avec son club, la situation crée un no man’s land : deux structures se disputent aujourd’hui la représentation syndicale, le Synafoc historique — fondé en 1996, affilié au mouvement syndical international — et l’ANFC, adoubée par la fédération. Le rejet du recours par le TAS n’a tranché ni l’une ni l’autre sur la légitimité à représenter les joueurs.
Cette réélection sonne comme un désaveu pour une fédération qui misait sur l’extinction progressive du syndicat historique. Njitap, ancien capitaine des Lions indomptables champions d’Afrique en 2000 et 2002, a remporté deux Ligues des champions avec le Real Madrid la même décennie, avant de rejoindre Chelsea en 2003 où il a été sacré deux fois champion d’Angleterre. Il en tire une légitimité qu’il revendique en opposant institutionnel assumé, et promet de porter le dossier de la reconnaissance devant la FIFA et la CAF.
Le conflit a donc quitté le terrain sportif pour s’installer durablement sur le terrain juridique, entre deux légitimités — celle des urnes syndicales, celle de la fédération — qu’aucun arbitre commun n’a pour l’instant départagées.




