Une voix qui glisse entre le français, le créole et l'ewondo, un tempo posé, des refrains taillés pour durer : en quelques années, Tayc a donné un nom à une couleur musicale que beaucoup pratiquaient sans la nommer, l'afrolove. Derrière le nom de scène, Julien Bouadjie, né le 2 mai 1996 à Marseille de parents camerounais.
Avant la musique, il y a la danse et le théâtre. Adolescent, il se forme au mouvement et à la scène, monte à Paris au début des années 2010 et n'arrive au chant qu'ensuite, presque par ricochet. Cette formation de danseur reste audible : chez lui, le placement rythmique compte autant que la mélodie.
Les premiers jalons s'appellent Alchemy en 2017, puis H.E.L.I.O.S en 2018 — deux projets qui posent la matière avant la notoriété. Il signe chez H24 Music et enchaîne, entre 2019 et 2020, les trois volets de la série NYXIA, où le public le repère pour de bon.
Le tournant, c'est Fleur froide, album sorti en 2020. Il en tire Le Temps, single publié le 26 février 2021, qui deviendra son plus gros succès et sera certifié disque de diamant. La chanson installe durablement sa formule : peu d'esbroufe, une écriture directe, un refrain qui s'accroche dès la première écoute.
La même année, il élargit son public bien au-delà des amateurs de R&B en remportant la onzième saison de Danse avec les stars, en novembre 2021, aux côtés de la danseuse Fauve Hautot. Il devance en finale Bilal Hassani et Michou. Le passage télé lui apporte une notoriété grand public que les plateformes de streaming seules ne lui donnaient pas.
Ce qui distingue Tayc, c'est une discipline de studio plus qu'un coup d'éclat. Il travaille ses projets par cycles, revendique l'étiquette afrolove comme un cahier des charges — douceur, sensualité, ancrage africain — et s'y tient d'un disque à l'autre plutôt que de courir après chaque tendance.
L'ascendance camerounaise n'est pas un décor exotique dans ses textes : elle affleure dans les mots choisis, les clins d'œil linguistiques, une façon d'assumer un héritage sans le mettre en vitrine. Marseille et le Cameroun cohabitent dans la même phrase, sans que l'un serve de faire-valoir à l'autre.
Sa trajectoire dit quelque chose de la scène francophone actuelle : on peut venir de la danse, passer par une émission de divertissement, chanter en plusieurs langues et rester crédible auprès d'un public exigeant. Le grand écart, chez lui, n'a jamais été un aveu de faiblesse.
Saluer Tayc, c'est reconnaître un artiste qui a préféré nommer et tenir un style plutôt que de suivre le vent. L'afrolove existait avant lui ; il lui a donné un mot, un visage et une méthode.





