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Cameroun·Culture & Lifestyle·4 sept. 2026, 11:29

Tenor et Himra : « Rahim », ou le clash rap remis sur le micro

Piqué par Tenor, l'Ivoirien Himra a d'abord répondu sur Snapchat, sur le terrain de la vie privée. Le Camerounais, lui, a sorti un disstrack, « Rahim » — et remis la dispute là où le hip-hop la tranche : au micro.

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Illustration éditoriale — Tenor et Himra : « Rahim », ou le clash rap remis sur le micro

Tout est parti d'un jugement de valeur. Dans la rivalité qui oppose l'Ivoirien Himra à son compatriote Didi B, Tenor a pris position publiquement : il préfère le second, et a taclé le premier sur un point précis — son originalité, allant jusqu'à comparer ses textes à une production de ChatGPT. Rien d'inhabituel dans le principe : les hiérarchies de MC, les « top 5 », se débattent depuis toujours en musique et se contredisent d'un album à l'autre.

C'est la réponse qui a changé de terrain. Himra n'a pas renvoyé la balle sur un beat : il a répliqué sur Snapchat, avec une allusion à la vie privée de Tenor et à un épisode ancien. Le désaccord artistique est alors devenu une attaque personnelle — un registre où il n'y a rien à gagner et où le rap n'a plus voix au chapitre.

La culture hip-hop, elle, ne souffre pas d'exception : un clash se tranche au micro, pas dans une story qui s'efface en 24 heures. Tenor l'a rappelé à sa façon, en ramenant la dispute au studio.

Sa réponse s'appelle « Rahim » — l'anagramme de Himra —, un titre explicite, sans filtre, sorti le 26 mars 2026. Il a franchi le million de vues sur YouTube, une première pour ce duel. Le disstrack n'a rien d'un exutoire mineur : c'est une discipline à part entière du rap mondial, jugée sur la plume, les punchlines, la technique et la capacité à retourner l'opinion.

L'échange a fini par revenir là où la logique du clash l'exige : Himra a répondu à son tour avec son propre morceau, défendant son point de vue au micro plutôt qu'en commentaires. C'est exactement ce que la sortie de « Rahim » avait forcé à rétablir.

Reste à mesurer le poids de celui qui a lancé la pique. Tenor, de son vrai nom Thierry Mengoumou Ayia, est né le 11 avril 1998 à Yaoundé. Révélé adolescent avec « Do le Dab » en 2016, il a connu son moment le plus viral l'année suivante, quand la première dame Chantal Biya a repris le geste de la chanson sur la scène du Canal 2'Or 2017, devant les caméras.

Cette notoriété s'est doublée d'une reconnaissance professionnelle. En novembre 2017, Tenor devient le premier artiste d'Afrique centrale signé chez Universal Music Africa, avant de rejoindre Def Jam Africa en mai 2020. La même année 2017, Maître Gims le désigne, aux côtés de Maahlox le Vibeur, comme le meilleur rappeur de sa génération — un jugement lancé lors d'un double concert commun à Douala et à Yaoundé, pas depuis les gradins.

L'ironie, cette fois, est venue de l'intérieur : plutôt que de faire bloc derrière leur compatriote dans un duel transfrontalier, plusieurs voix de la scène camerounaise ont préféré tacler Tenor sur les réseaux, sans jamais poser un couplet. Lui n'a pas répondu autrement que par sa musique.

Le contraste résume le clash entier : d'un côté une story Snapchat, contenu éphémère par construction ; de l'autre un titre qui a déjà dépassé le million de vues et continue d'être commenté des mois après sa sortie. Entre les deux formats, le rap a tranché depuis longtemps — et « Rahim » vient de le confirmer une fois de plus.

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