Petites-filles de Sam Cooke, filles de Linda et Cecil Womack, nièces de Bobby Womack : BG, Kucha et Zeimani portent un nom qui pèse lourd dans l'histoire de la soul américaine. Leur grand-père a écrit « A Change Is Gonna Come », hymne du mouvement des droits civiques ; leur oncle a marqué des générations de mélomanes. Un patrimoine qui aurait pu écraser n'importe qui.
Avant de faire de ce nom un tremplin, les trois sœurs ont d'abord dû composer avec son poids. Une industrie musicale jugeant leur style « trop vintage », des petits boulots en attendant — dont plusieurs saisons comme chauffeuses Uber, une période de précarité qu'elles racontent avec humour et pudeur dans le titre *Chauffeur*.
Leur premier album, sobrement intitulé *The Womack Sisters*, compte onze titres mêlant harmonies vocales, cuivres et une émotion à fleur de peau. Avant de se lancer en tant qu'artistes indépendantes, les trois sœurs ont fait leurs armes en accompagnant leur oncle Bobby au chant — une école directe, loin des studios aseptisés.
Le pari de cet album n'est pas seulement de rendre hommage à une lignée : c'est de prouver que la soul, genre trop souvent figé dans l'imaginaire collectif des années 1960, peut encore parler du présent sans en renier les codes fondateurs.
Pour une scène musicale camerounaise qui puise volontiers dans ses propres racines traditionnelles, l'histoire des Womack Sisters offre un miroir : celui d'un héritage familial qui ne devient une force que lorsqu'on accepte d'abord de lutter pour exister en dehors de lui.




